Concours

Recommander

Mardi 25 mars 2008

    Mardi vingt-cinq mars deux mille huit. Vingt-deux heures cinquante-neuf, heure locale; quinze heures cinquante-neuf, heure francaise. Avec le Sultan, nous nous promenons un peu partout en ville, le plus souvent et le plus loin possible. Ce midi, nous nous sommes rendus a la banque, pour y changer de l'argent. Nous y etions deja alles le samedi precedent, mais on nous y avait informes qu'aucune conversion de devise n'etait possible entre le vendredi soir et le lundi matin. Soit.

    Ce midi, la banque voulait bien nous servir. Le mois de mars se termine, et nous n'avons pas encore ete payes (normal, ca fait moins de trois semaines que nous travaillons). Il devient donc difficile de survivre avec nos fonds de tiroir. Heureusement, tant le Sultan que moi-meme avions conserve des euros, une centaine en tout, precisement pour ce genre de situation. La banque accepte les euros, les dollars americains ou hong-kongais, les livres sterling et les yen. Change favorable, puisque nous avons obtenu mille soixante-neuf yuan et six decimes. Esperons que d'ici un an, l'euro sera retombe, pour que la conversion en sens inverse de nos devises chinoises nous donne droit a une somme rondelette de retour en notre terre natale.

    Dans la foulee, nous avons dejeune dans le premier fast-food de la ville que nous honorions de notre presence. Entendons-nous bien, par fast-food j'entends surtout un endroit ou on peut manger vite et pas cher, des plats pre-definis, a prix fixe et choisis dans une liste imprimee a l'avance. Dans les faits, nous avons mange une soupe au porc et du riz au canard laque (le tout ayant coute moins de trois euros, pour deux personnes). Dans des delais acceptables. Deux heures et demie de pause-dejeuner, cela a du bon. Ajoutons que les Chinois dejeunent copieusement le matin, dinent abondamment le soir, mais se contentent d'un casse-dalle le midi. Le diner survient vers dix-huit heures. Il est donc plus facile pour un ressortissant de la vieille Europe de manger en decale, le midi et apres vingt heures. La deviance culturelle a parfois du bon.

    Autre grande decouverte, ce soir, nous avons pour la premiere fois mis les pieds dans un supermarche chinois. Le supermarche se trouve dans un quartier ou nous n'avions jusqu'ici jamais mis les pieds. Un quartier bourdonnant d'activite, abritant notamment le commissariat central de la ville, tout un tas de boutiques de fringues et LE supermarche local. Pour une ville de huit cent mille habitants, ca ne fait pas beaucoup. Il y avait foule, vers vingt-et-une heures, quand nous y deambulames parmi les allees encombrees de gens et de produits.

    Un supermarche chinois, plus encore qu'un supermarche francais (et j'en ai peu frequente), est un espace consacre a la consommation sous toutes ses formes (notons qu'on peut dire la meme chose de la Chine entiere). Ici, les differents produits sont repartis par quartiers, chaque zone de la ville etant consacree a un type particulier de marchandises. Le supermarche condense ce principe pour un nombre reduit de categories de produits. L'alimentation, bien evidemment, grande preoccupation des Chinois. Mais aussi les produits d'entretien (quatre allees dediees au shampooing, que nous explorerons lors d'un futur raid sur cette caverne d'Ali Baba), les vetements et la nourriture. Ai-je omis de mentionner la bouffe?

    Nous y etions entres pour assouvir notre curiosite, nous en sommes sortis avec quatre sacs pleins a craquer (contre la somme rondelette de douze euros, les Chinois sont durs en affaires). Parmi nos trouvailles du jour, surtout alimentaires, dont beaucoup de produits pris au hasard et devant etre testes avant que nous puissions rendre un verdict sur leur consumerabilite, j'ai mis la main sur le Graal que je poursuis depuis mon debarquement a Shanghai: des yaourts, avec du vrai lait et sans trop d'additifs chimiques. Croisons les doigts, je gouterai ca demain.

    Aujourd'hui, pas de film. Hier, nous nous sommes regales de nouilles en regardant "La soupe aux choux". En moyenne, nous avons regarde un film tous les deux jours depuis notre arrivee a Xinfeng. J'ai sans doute omis de tous les lister; je ferai ca un autre jour, si j'ai du temps a tuer, ce qui arrivera fatalement un jour ou l'autre. Citons tout de meme "Sweeney Todd", mysterieusement disponible en Chine, sympathique comedie musicale ou le role principal est tenu par une trappe coulissant vers une cave ou s'entassent les cadavres. Johhny Depp dans un film de Tim Burton (personnellement, "Big Fish" reste mon Burton prefere, sans doute parce que j'ai fort goute le roman).

    Autre expedition convertie, j'ai enfin pu mettre les pieds dans la bibliotheque du lycee pendant les horaires d'ouverture. Legere deception, mais je m'y attendais, les rares ouvrages en anglais disponibles sur les rayons sont des manuels scolaires, condenses de recits pour la jeunesse. Je n'ai rien contre la jeunesse, mais j'apprecie les nourritures plus substantielles que de vagues classiques victoriens passes au moule de l'editorialisme chinois. Il faudra donc nous approvisionner ailleurs pour lire en estrangeois. Nouvel espoir pour les jours a venir, nous avons repere, en serpentant dans les rues tardivement eclairees de cette petite ville qui ne dort qu'entre vingt-deux heures et six heures du matin, une grande librairie. Je ne m'attends pas a grand-chose, mais bon, on ne sait jamais.

    Le stock de livres ayant pris place dans nos bagages fond lentement. J'ai commence "Orbitsville", de Bob Shaw, ainsi que "Crystal Rain", de Tobias Buckell. De la hard-science cru soixante-quinze pour le premier, de la fantaisy americaine contemporaine pour le second. J'entre mieux dans Shaw, tres reminiscent des premiers Clarke (qu'il repose en paix, dans son bathyscaphe eternellement egare entre Saturne et Jupiter). J'ai emporte du Dashiell Hammett et du Raymond Chandler, que j'entends bien garder de cote pour les longues soirees d'ete ou la climatisation, les ventilateurs ou la chaleur etouffante, au choix, m'empecheront de dormir a ma faim.

    Le club de conversation a connu un second souffle ce soir, puisqu'une soixantaine d'eleves sont venus y assister. Les habitues etaient, helas, quelque peu delaisses. Nous avons vaillemment tenu tete a la horde de passionnes ou de curieux venus nous jeter des cacahuetes entre les barreaux du jardin anglais ou nous ont parques les collegues chinois. Nous nous sommes pretes au jeu de bon cœur, d'autant plus volontiers que des eleves avec un euh, et beaucoup d'esses, nous ont tenu la jambe, le crachoir et la dragee haute jusqu'a dix-neuf heures. Je les prefere plus fessues, voire plus vieilles, mais les Chinoises de dix-sept ans sont empreintes d'une fraicheur qui fait plaisir. Mais je m'egare.

    La semaine est deja bien avancee. Demain matin, vers dix heures, j'aurai franchi la ligne de partage des eaux entre le week-end dernier et le week-end a venir. Si tout va bien, nous signerons nos contrats de travail samedi, condition indispensable a la conversion de nos visas. Quant a la paie, reduite d'un tiers correspondant a la premiere semaine, chomee, du mois de mars, nous devrions la toucher lundi prochain. Toujours cote finances, en France, j'ai, semble-t-il, recu mon avis definitif de radiation. Confirmation de ma demission: je ne fais plus partie de l'Education Nationale. Fin d'une epoque, qui n'aura, heureusement, dure que six mois. Une fois rentre en France, je me lancerai dans le commerce de boites a musique. Je connais la chanson.

    Programme de la soiree, et des jours a venir: me coucher avant minuit. Lire un peu, mais pas trop, laisser le sommeil m'abrutir subitement sous ses ailes de plomb. Compter sur une demi-nuit de repos pour que ma gorge meurtrie par l'air pollue, et ma toux naissante, s'apaisent et refluent vers un compromis fonctionnel entre sante et personnalite conflictuelle, comme mon estomac a fini par s'en laisser convaincre.

    Repeter quinze fois mon laius sur les cloches de Paques, l'etymologie de New York et la grandeur relative de la Chine. Ignorer les rapports alarmistes dont sont inondes les compatriotes mediatises restes au pays; si la Chine vivait une epoque troublee, autrement que par son expansion economique, ca se saurait. Le Tibet? Connais pas. Ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre, c'est un peu ca, le secret du bonheur, au paradis de la consommation. Je m'en contente aisement, je n'aime pas qu'on m'impose une facon de penser. L'important est que mes jours soient bien remplis, ma table bien dressee et ma conscience tranquille. Que celui qui n'a jamais peche sorte sa canne a peche.

 



Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 23 mars 2008


    Lundi vingt-quatre mars deux mille huit. Quinze heures trente heure locale (huit heures trente du matin, heure française). Voila peu ou prou trois semaines que j'ai entamé mon voyage, lequel, bien que je me sois posé, d'un point de vue purement géographique, se poursuit au sol, tant le dépaysement est constant. Je suis loin d'avoir percé les mystères de l'âme indigène, qui me reste obscure, et je me heurte quotidiennement à l'opacité du langage local.

    L'odyss
ée médicale du week-end a été consacrée à la recherche d'un dentiste pour resserrer la prothèse cybernétique du Sultan. Apres un premier chou blanc, nous avons opté pour du chou chinois, épaulés par un de nos collègues anglicistes, qui a pu servir de truchement entre notre appareil articulatoire si maladroitement inadapté aux subtilités du parler d'ci, et les hautes instances orthodontistes de l'hôpital du coin, où nous nous plaisons décidément au point d'y retourner chaque semaine.

    De mon c
ôté, la digestion semble reprendre des canaux plus sereins, bien que son produit final ne possède encore ni la densité, ni la pigmentation que je lui connaissais dans mon ancienne vie. Bon. Je finirai bien par chier droit. En attendant, les repas ont repris leur ampleur de jadis, et nous déjeunons en ville en moyenne une fois tous les deux jours, en précisant que nous n'aimons pas la nourriture pimentée, ce qui ne manque pas de faire rire les broyeurs d'épices autochtones.

    Je sors
à l'instant de ma première journée de travail de la semaine, soit cinq heures de cours dans de bonnes conditions, délivrés à des classes motivées, sommet de la pyramide hiérarchique établie ici entre l'élite et la plèbe (que je verrai demain). La semaine dernière, je me suis acharné à présenter la Saint-Patrick aux élèves, armé de mon trèfle à quatre feuilles en papier canson vert. Aujourd'hui, et pour mes vingt-et-un cours restants, je leur ai parlé, leur parle et leur parlerai de Pâques, diagrammes de cloches volantes à l'appui. Je sens mes ouailles perplexes devant mes talents de croqueur.

    Ma prise de possession de l'environnement imm
édiat confié à mes soins entre dans une nouvelle phase, puisque j'ai profité d'un saut à la superette du coin pour acheter des pantoufles, les plus grandes qu'ils aient, du quarante-deux (je chausse du quarante-trois). Les pieds enfoncés dans ces confortables mules, je me sens investi d'une dignité toute patriarcale pour régir l'espace dépendant à chaque instant de mon autorité naturelle. Je ne me fais pas à manger, mais je pourrais. La quasi-co-non-location opérée avec le Sultan permet de nous répartir les tâches, il cuisine, je mange et il mange aussi.

    Autre
étape importante dans la conquête de nos environs, le Sultan et moi-même sommes pour la première fois sortis à vélo, après un tour chez le répare-minute en face du lycée. C'est a bicyclette qu'on peut le mieux découvrir la Chine; c'est une évidence, mais la vivre du haut d'une selle rend beaucoup plus concret le miracle chinois amorcé dans les années soixante, et si passionnément défiguré, depuis une vingtaine d'années, par l'omniprésence de l'automobile. Mais la bicyclette persiste, et une fois franchies les limites de notre petite ville de western, on rejoint vite la campagne, et c'est un autre monde qui nous ouvre ses portes.

    Je ne m'
étais jamais, jusqu'alors, retrouvé juché sur une selle inconfortable, fixée sur mon vélo de fonction, rouillé, trop petit et menaçant à chaque instant de laisser sur le bord de la route sa pédale gauche, en pleine campagne chinoise, dans le Sud de la Chine, sous des latitudes quasi-tropicales. Eh bien, je vous la dis comme je l'ai vécue, cette Chine-là, pauvre, rizicole, qui dodeline au gré des rythmes agraires saisonniers et ondule sous le vent jouant dans la crinière des buffles d'eau bossus, est tout aussi authentique et présente, immédiate, que l'autre Chine, la médiatique, celle qui fait peur par sa poussée démographique et sa main-d'œuvre meilleur marché que partout ailleurs, celle de l'industrialisation à outrance, de l'urbanisation chaotique et du réchauffement climatique.

    Ca fait plaisir de se rendre compte que le rêve de môme qui dormait encore dans un coin de ma tête peut se réaliser, avec un peu d'imagination et en étirant à peine le pacte qui nous lie à la réalite immédiate, sensorielle, affleurante. Je ne suis pas, Belzebuth m'en préserve, un tenant de la Chine éternelle entre guillemets, non plus que de l'Inde millénaire et psychotrope tant fantasmée par les cerveaux rongés par l'acide de nos parents contre-aculturés. Mais si je peux confronter à un pan du réel les courts-métrages huit millimetres échaffaudés autrefois dans les soupentes de ma solitude enfantine, je ne demande rien de plus. La Chine avance, la Chine recule, qu'importe la forme que prendra l'avenir du monde, pourvu qu'aujourd'hui, je sois en mesure de faire du vélo, dans ce petit bout de campagne chinoise, sous un soleil de plume, la ritournelle aux lèvres et les fesses en feu.

    Notre week-end a donc
été constructif. J'ai pu renouer avec la Route, l'amour de mes quinze ans, devorée sous les chambres à air indestructibles d'une monture conçue il y a trente ans dans une usine post-soviétique. Autre passion que je suis désormais en mesure d'assouvir, celle des paysages, de tout poil, friches industrielles, chantiers-champignons, rizières en terrasses, lignes de crête aux flancs suggestifs, tout est bon pour s'y rincer l'œil. Et c'est à bicyclette, loin de la fureur du monde comme à son paroxysme, qu'on peut le mieux goûter l'attrait de l'immobile converti en décor.

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 21 mars 2008

 

    Vendredi vingt-et-un mars deux mille huit. Midi neuf. Malgre mes convictions en la matiere, la bataille de Gergovie se poursuit dans mes entrailles. Je m'etais trompe. La nuit ne m'a pas porte conseil, mais nausees, ballonnements, raids vers la froide ceramique des lieux d'aisance, vomissements, diarrhees, maux d'estomac, insomnie et regrets. La tourista, version standard. Le temps que mon systeme digestif se convertisse a la monnaie locale. Ou alors, j'ai mange du tofu pas frais.

    La semaine touche a sa fin. Plus qu'un cours en milieu d'apres-midi, et j'en aurai termine avec ma premiere quinzaine professionnelle en Chine. Jusqu'ici, l'experience est plutot positive. Je ne sais pas si je tiendrai jusq'au bout, je suis un coureur de demi-fond, pas fait pour tenir la distance, mais je vais faire de mon mieux. La situation m'apporte des avantages certains, pour peu que j'en vois un jour la couleur.

    Le contrat qu'on nous fait miroiter depuis le cinq mars n'a toujours pas ete signe, le charge de liaison est aussi joignable qu'un courant d'air, et les problemes qui apparaissent l'un apres l'autre dans nos appartements ne doivent d'etre resolus qu'a notre huile de coude et a nos pesos. L'employeur ne levera pas le petit doigt pour nous, a moins d'etre force. On nous avait prevenus, mais c'est toujours autre chose de constater, une fois sur place, la veracite des predictions faites au pays.

    Mais revenons sur la nuit derniere. Je m'etais endormi vers vingt-deux heures quarante, m'ecroulant, a mon habitude, comme la vieille chaussette que je suis en passe de devenir. Je fus reveille vers une heure moins le quart par mon bedon, tout gonfle, qui pour attirer mon attention multipliait les gargouillis, les tiraillements et l'emission de gaz nauseabonds. J'ai fini par me rendre a l'ennemi, vers deux heures du matin, en gagnant la salle de bains pour y assouvir mon imperieux besoin d'expulser les corps indesirables.

    Drapons un voile pudique sur certains details, les lecteurs n'ont besoin de connaitre ni la couleur, ni la texture, ni la densite du semi-liquide ainsi produit, non plus que d'apprendre par le menu ce que j'avais mange la veille. On se contentera de constater que notre aventurier, dans sa grande precipitation, fit le mauvais choix de cratere et dut passer une partie de la nuit a deboucher son evier, a la louche et a la baguette, faute de mieux. Bon appetit.

   Programme des heures, puis des jours a venir: ne pas dejeuner, mais regarder "Elektra" en compagnie du Sultan. Aller peniblement a mon dernier cours de la semaine, revenir et dormir. Dormir sans interruption jusqu'a demain matin. Ce week-end, preparer mes cours de la semaine, faire du velo et regarder tomber la pluie. Lire un peu, mais pas trop, le stock risque de s'epuiser vite.

 

 

 


 


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 19 mars 2008


    Mercredi dix-huit mars deux mille huit. Seize heures vingt-et-une. A quelques heures près, ça fait maintenant deux semaines, jour pour jour, que je suis arrivé en Chine. Le dépaysement s'estompe progressivement, les gens du lycée sont de plus en plus habitués à me voir déambuler dans son enceinte; n'était le regard médusé de certains passants, je ne sentirais le décalage culturel, l'éloignement géographique et la différence a fleur de peau, inhérente à mon patrimoine génétique, qui saute aux yeux de mes interlocuteurs, ne me seraient perceptibles que par la barrière de la langue.

    Je suis, à l'heure actuelle, à peu près incapable d'une conversation suivie avec l'autochtone. Ca n'est pas de la mauvaise volonté de ma part, mais mes études de chinois remontent à loin, et je ne suis jamais parvenu à un haut niveau de maîtrise du mandarin (une troisième année d'un premier cycle universitaire absurdement étiré sur trois ans, pour un diplôme inférieur à un DEUG). Ajoutons à cela qu'ici, dans le sud, la prononciation de certains sons diffère de l'accent pékinois auquel mes professeurs m'ont habitué, et que je ne suis pas en mesure de faire la part des choses entre la langue standard et le dialecte local.

    Il faut dire qu'en dehors des courses quotidiennes et des repas en ville, mes conversations avec l'indigène se limitent pour le moment à des échanges laborieux en salle des profs, avec des collègues chinois, pendant la pause entre deux cours. Je sais dire mon âge, que je ne suis pas marié, que le Sultan n'est pas mon frère et que l'école est très jolie. Ce genre de choses. Je m'efforce de dissimuler aux élèves ma connaissance très sommaire de leur idiome, ils pourraient en profiter pour délaisser la langue anglaise pour ne causer que leur patois. Or, ma mission, qu'on se le tienne pour dit, est bel et bien de leur inculquer un peu d'anglais. Mon tailleur est riche.

    La solution à ce probleme de communication consisterait, bien évidemment, en une pratique assidue, journalière, du chinois, jusque dans le moindre détail de ma vie. Je n'ai pas emporté avec moi tous mes documents, notes de cours et méthodes de chinois, la valise n'eût pas suffi a cela, et les deux ou trois ouvrages d'apprentissage élémentaire sont actuellement entre les mains du Sultan, qui démarre de zéro et regorge de motivation. Ma motivation à moi est plus dans une imprégnation progressive, une redécouverte du vocabulaire que j'ai perdu, et une révision tardive des bases grammaticales, avec les moyens du bord. Je ne suis pas si pressé que ça de me dépatouiller du parler des mangeurs de nouilles.

    Si l'on omet ce petit problème langagier, tout se passe au mieux. Je suis terrassé depuis deux jours par une sorte de grippette persistante (sans doute la fameuse grippe aviaire) qui m'affaiblit sans me tenir éloigné du champ de bataille. Je me lève matin, péniblement, éveille dès six heures par les tambours et trompettes synthétiques de la fanfare virtuelle du lycée, fort brillamment dressée à entonner, dès potron-minet, des chants patriotiques à l'usage des gymnastes locaux, et à scander, toutes les heures, des slogans édificateurs destinés aux masses estudiantines (enfin, j'imagine, puisque je n'entrave rien à ce que beugle le vociférateur au clairon).         

    Une fois que retombe la cloche à fromage du stentor robotique, retentit, sans cesser jusqu'au soir, la rumeur des ballons de basket frappant le sol bétonné du terrain de sport. La Chine possède actuellement deux joueurs sévissant aux Etats-Unis d'Amérique, dont le célèbre Yao Ming, qui sert d'enseigne aux Jeux Olympiques de cet été, si bien que toute une génération s'est éprise de ce sport universitaire. Seize heures par jour, donc, la clameur du ballon heurtant le ciment sappe mes forces et m'empêche de trouver le repos. Et en classe, les élèves extatiques ne cessent de multiplier les références au Grand Homme. Je sais tout de lui, sa taille (deux mètres vingt-six, soit sept pieds quatre pouces), sa pointure, son palmarès et le nom de sa femme (elle s'appelle Ye Li, mesure un mètre quatre-vingt-dix et jouera dans l'équipe féminine de basket-ball cet été).

    Telles sont les données elementaires, sonores, qui rythment mes journées. Le cycle des saisons ne semble pas s'axer sur les mêmes bases qu'en France, si j'en juge d'après la constance climatique, depuis mon arrivée. Nous sommes presque sous les Tropiques, me rappelle un coup d'œil subreptice jeté à une mappemonde; plus précisément, à quelque chose comme cent cinquante kilomètres au nord du Tropique du Cancer. La latitude correspond au sud du Sahara, ou à Riyadh, capitale d'Arabie Saoudite, ou encore à Karachi, au sud du Pakistan, sur la mer. Bref, je n'ai jamais été aussi loin au sud. Et le temps me semble sinueux, caramélisé, comme enduit de mélasse et peu propice a un écoulement linéaire. Il me faudrait du Saint-John Perse, pour mieux appréhender mon environnement.

   

éèàîôâûçê (outil de rédaction pour indigents du clavier)


 


Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 17 mars 2008

    Lundi dix-sept mars deux mille huit. Quinze heures cinquante heure locale, huit heures cinquante heure francaise. Je me fais petit a petit au rythme de vie du pays. Premier constat, je suis parvenu a me caler sur le fuseau horaire, avec une confortable marge de manœuvre le matin, avant d'aller bosser, puisque je m'eveille generalement vers cinq heures et demie, soit pres de trois heures avant le debut de mes cours. Les salles de classe etant a cinq minutes a pied de mon domicile, je peux attendre huit heures dix, le matin, pour fermer ma porte d'entree et m'engager dans la cage d'escalier qui me mene a la cour de l'immeuble. J'habite au quatrieme etage a la chinoise, troisieme a la francaise.

    Le temps passe a une vitesse folle. Cela est sans doute du a la conjonction du retour a la vie active et de la decouverte d'un nouvel environnement. Les jours s'enchainent et se ressemblent, egalement remplis, les soirees s'effondrent sur elles-memes et cedent la place a des matins tiedes, parfois etouffants, qui laissent presager d'un ete lourd, quasi-tropical.

    La premiere semaine s'est bien terminee, comme elle avait commence. Mes classes etaient parfois plus difficiles a prendre en main, parfois trop dociles ou motivees a l'exces. Dans l'ensemble, je n'ai pas a me plaindre de mes mille cinq cents eleves. Vingt-six classes, que je ne vois qu'une fois par semaine, a raion de trois-quarts d'heure la seance. Le souffle de la semaine est retombe, j'ai dormi le plus clair de mon samedi, sans rien faire d'extravagant, sinon une radio des poumons, pour tranquilliser l'Etat chinois sur ma sante, et le convaincre qu'il peut, sans hesiter, m'accorder un visa de travail. J'en ferai bon usage; de fait, j'en use deja.

    Le dimanche, au lieu de partir sillonner les routes de campagne a bicyclette, le Sultan et moi-meme avons cocoone, mange un canard et opte pour une balade au crepuscule, dans une ambiance wstern doublee d'une sortie de chantier. Poussiere, rues toutes en facades, quartiers a l'abandon et activite humaine bourdonnante, sans treve, celle d'une ville chinoise en pleine expansion, appellee a devenir une des cent plus grandes megalopoles de la planete d'ici deux mille cinquante. Avec des vols sub-orbitaux et des serres a soja sous panneaux solaires entoures de clotures laser infranchissables.

    Le repas d'hier soir devait contenir quelque chose de pas tres taoiste, ou l'eau locale, que pourtant je ne bois pas, a tapisse mon systeme digestif de petites bebetes taquines. Quelle qu'en soit la raison, toujours est-il qu'aujourd'hui, je suis malade. Le reveil a ete poussif, apres un sommeil hache, par apprehension de la seconde semaine de boulot. J'ai passe la matinee a entendre du dedans des gargouillis suspects, tandis que me remontaient le long du gosier des odeurs peu engageantes. Mal au ventre. Par prudence, j'ai omis de dejeuner. Petite sieste. Pendant le premier cours de l'apres-midi, ca n'a pas loupe, la nausee m'a pris et je suis sorti vomir derriere le batiment de cours. Apres quoi, ni vu ni connu, je suis revenu en classe terminer ma besogne. Maintenant que je suis de retour au bercail, je n'en mene pas large, et je sens se profiler a l'horizon le spectre d'une longue sieste.

    Programme de la soiree: dormir quelques heures. J'ai pris un truc contre les derangements, et j'espere ne pas avoir a reiterer mes exploits de projectionniste. Boire beaucoup d'eau, un peu de the mais sans forcer. Lire. Je ne suis pas loin d'avoir termine "Fool's Fate", ultime tome de la tricubologie de Robin Hobbe. Il me reste une dizaine de bouquins a lire, plus les maigres fonds du Sultan, avant de devoir faire face a une penurie sans precedent. Il faudra que je previenne le coup en me faisant livrer des ouvrages du pays. En soiree, manger quelque chose, si ma matiere digestive obtempere. Regarder un film? Recuperer. Demain sera long.

 

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 12 mars 2008

    Mercredi douze mars deux mille huit. Sept heures cinq du matin. A l'aube de mon troisieme jour d'activite professionnelle en Chine, les choses se passent plutot bien. Les deux dernieres journes ont ete assez intenses. J'ai pris contact avec onze de mes classes, chacune comptant en moyenne soixante eleves. Mon manque de preparation initiale est heureusement compense, au fur et a mesure, par la repetition, cours apres cours, classe apres classe, de la meme formule. Formule etablie en concertation avec le Sultan, qui l'applique a sa sauce en seconde tandis que je me depatouille de mes premiers contacts avec les premieres.

    Tel est l'element principal des jours presents. Dimanche, apres avoir passe une nuit blanche et une matinee a tapoter fievreusement mon precedent compte rendu, couvrant le voyage et l'installation en Chine, je ne me suis pas couche tout de suite. Je n'ai, de fait, dormi que de midi a quinze heures, me levant au bout du compte plus par necessite que par envie. Histoire aussi de profiter de ma derniere journee avant le Grand Bond en Avant.

    Dimanche neuf mars, le Sultant et moi-meme avons, donc, peaufine notre discours et mis au point la trame de notre premier cours. Le reveil tardif nous a empeche de nous rendre en ville, ville dont nous ne connaissons pour le moment que deux avenues et, de vue, quelques boutiques qui s'y trouvent. En soiree, nous avons regarde une video de "Doom", d'apres le jeu electronique du meme nom. Moins mauvais qu'on eut pu s'attendre. Couche tot pour recuperer de ma fatigue, j'ai dormi six heures,

    Lundi dix mars, la journee commencait par un discours solennel devant les cinq mille eleves du lycee assembles pour la ceremonie hebdomadaire de salut au drapeau. Un peu de trac, mais pas trop. C'etait ma premiere experience du genre, mais nous avions longuement repete le processus. Apres un preambuleet une introduction par le principal, nous nous sommes presentes au micro, pour y entamer la lecture improvisee l'avant-veille sur un coin de table. Ca tournait autour de notre plaisir d'en etre et notre certitude que tout irait bien. Le discours, lu en alternance et traduit en trois temps, a ete bien accueili, et notre intervention applaudie par dix mille mains enthousiastes.

    Immediatement apres le discours, nous avons pris controle de la premiere classe, sur une serie de vingt-six. Chaque classe compte entre cinquante-cinq et soixante-quinze eleves, qui au terme de la journee se melangeaient dans ma tete comme autant de visages apercus, l'espace d'un instant, dans une foule compacte. Le premier jour, cinq classes, essentiellement le haut du panier, comme j'ai pu m'en apercevoir le lendemain.

    Les eleves sont repartis en deux sections, selon une dominante scientifique ou artistique, et en trois niveaux selon leurs resultats aux tests de debut d'annee. Les meilleures classes ont pignon sur rue, occupant le rez-de-chausse, tandis que les classes de categorie B et C sont releguees aux etages, moins bien aeres, loin du regard. Un peu plus decrepites, moins bien decorees, legerement surchargees, les salles des etages sont destinees a des eleves moins meritants. Une hierarchie bien precise s'etablit selon cet axe vertical.

    Le soir, pour feter notre premier jour de boulot, nous avons dine en ville, dans une cantine proche du lycee. Avant de manger, les clients choisissent leurs plats en fonction des ingredients, presentes devant eux comme au marche, et prepares dans la foulee. Mon chinois hesitant suffit pourtant a commander a manger et a interagir moderement avec la populace. Le repas nous a coute la somme rondelette de cinq euros cinquante. Nos ressources s'amenuisant, il va falloir trouver une banque pour convertir les derniers billets europeens emportes dans mon paquetage.

    Apres le repas, nous avons regarde un autre DVD laisse sur place par notre predecesseur, "Glitter", un film proprement affligeant avec Mariah Carrey dans le role titre. Pas grand-chose a en tirer. Dans la foulee, je me suis couche presque tot, vers deux heures du matin, pour en dormir trois, comme toutes les nuits depuis un moment. Remplacer nuit par apres-midi, debut de soiree ou matinee, selon les jours. J'espere parvenir a dicter un rythme plus regulier a ma chair, mais je crains qu'entre la fatigue du travail, les restes du decalage horaire et les tentations de l'internet, cela ne soit difficile, voire impossible.

    Hier, mardi onze mars, j'ai eu affaire aux classes "difficiles", de categories B et C. En regle generale, les classes a dominante feminine sont plus dociles et moins dissipees. Les garcons rebelles ont des meches sur le front, une attitude discretement provocante et aiment jouer au basket. Dans un de mes cours, un bonnet, dans un autre une casquette. J'ai du reprendre un eleve qui se coupait les ongles devant moi, et ai cherche en vain qui fumait sous sa table. Rien a signaler, donc.

    Les cours de l'apres-midi etaient plus faciles, parce que les eleves davantage amorphes, du fait de leur digestion. Tous les cours devraient avoir lieu apres un plantureux repas a la cantine du lycee. Ma voix tient encore le coup, mais il faudra la menager, si je peux, dans les jours a venir. Apres les cours, nous avons anime conjointement le club de conversation regroupant les eleves les plus motives. Dans quelques mois, les vainqueurs du concours d'eloquence en anglais auront la chance d'aller en voyage a Pekin, evenement rare, voire unique dans la vie d'un eleve chinois de province.

    Ces six classes et le club de conversation m'ayant epuise, je me suis effondre sitot franchi le seuil du Sultan. M'endormant sur une tasse de the, j'ai fini par m'aller coucher vers dix-neuf heures. J'ai dormi sans discontinuer, ou si peu, jusqu'a trois heures du matin, apres quoi j'ai bouquine sous la couette en attendant le coup de trompette qui chaque matin, a six heures dix petantes, eveille et galvanise les troupes avant une nouvelle journee de labeur et d'etude.

    Programme de la journee: aller prendre le the chez le Sultan, puis filer assurer mes premiers cours du matin. Aujourd'hui, meme sentence qu'hier, six cours et le club de conversation, mais avec des classes d'un niveau variable, A, B et C. Cours dans trente-cinq minutes. Je suis en retard, pour citer je ne sais plus quel lapin blanc. En soiree, choisir un mauvais film et se l'enfiler.

 




Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 8 mars 2008

    Samedi huit mars deux mille huit. Six heures une du matin, heure locale (soit vingt-trois heures une minute, converties en euros). Je ne suis pas tombe du lit, mais dois bel et bien essuyer les consequences d`une insomnie, ni ma premiere, ni ma derniere depuis que je suis arrive en Chine. Car, oui, je suis bel et bien en Chine, aussi difficile que soit a envisager cette realite. Je ne m`en rends pas encore tout a fait compte. Sans doute cela est-il du a la nouveaute de la chose, son improbabilite, ainsi qu`a la presence du Sultan, qui joue un peu le role de bouee de sauvetage, dans cet univers familier de loin, si different de pres. Notons qu`il s`agit de ma premiere experience d`expatriation.

    Si je reviens chronologiquement sur le deroulement de la semaine passee, c`est afin de n`en perdre ni le fil, ni la trace; le souvenir ne maintient des choses anciennes que le minimum necessaire a la gestion, au quotidien, du systeme operatoire humain. D`ou l`invention de l`ecriture et, par la-meme, de l`histoire avec un grand a. Sans pretendre a laisser ma marque dans l`Histoire, j`entends neanmoins conserver de mon quotidien un peu plus qu`une vague remanence purement fonctionnelle. Si ce faisant, j`ai l`occasion de communiquer, voire partager avec mes congeneres, grand bien nous fasse.

    Lundi dernier, j`ai debut assez tot ma journee, apres une nuit courte, vraisemblablement passee sur internet, puis a lire, a la faible clarte de ma lampe de chevet, mes dernieres pages avant longtemps de "La grande a bouche molle", troisieme roman de Philippe Jaenada. Le livre ne m`appartient pas (je presente d`ailleurs, au passage, mes excuses a leurs proprietaires, la non-restitution etant imputable a une restriction d`espace calendaire adapte; rappelons, en effet, que je suis parti dans l`urgence, sans l`avoir vraiment pressenti, sur un coup de tete et sans me retourner), aussi n`ai-je pas daigne envisageable de l`emporter dans mon periple. L`Histoire jugera si j`ai eu tort.

    Leve tot, ce lundi trois mars, j`ai donc enclenche le processus de derniere ligne droite, en un mot, preparer le terrain aux preparatifs de depart. Vers neuf heures, j`ai commence a trier de fond en comble mon placard, laisse en friche depuis des annees, pour en extraire les vetements utiles au long sejour programme, mettre de cote les frusques bonnes a donner aux pauvres de la paroisse (comme neuves, precisons-le tout de meme, je ne suis ni une brute, ni un electeur de droite) et entasser le reste, en vrac, pele-mele et voue a un tri futur post-retour de Chine, dans l`armoire ainsi degagee.

    Pour le dieu Moloch, quelques centaines de sacs plastiques jetes la au fil des ans, apres tout, on ne sait jamais, ca peut servir ces choses-la, et puis voila, dix ans plus tard, ca fait plus qu`encombrer, ca occupe le terrain, ca bouffe toute une vie, ca se sait chez soi et ca ne tient plus compte de vous pour la gestion de l`espace. C`est une situation egalement applicable a la poussiere, sauf qu`elle, elle s`entasse dans les poumons, et apres, ca tousse, ca crachotte, ca respire beaucoup moins bien. D`ou, aspiration. Sus a la poussiere. Et dans certains recoins, elle s`entassait depuis quinze ans.

     Autre importante tache, selectionner un ecrin pour y entasser mes babioles. Plusieurs sacs et valises s`entassent dans un semi-grenier amenage sous les combles, accessibles par sur-elevation circonstancielle assistee par un outil de verticalisation des forces de progres. Juche sur un escabeau, j`ai fini par opter pour une valise a roulettes, munie d`une poignee extensible propice a la traction sur surface plane, plus pratique a priori que le sac mou ou que les monstres antediluviens, de toile ou de cuir use, destines au seul epaule-jete; pour dix mille bornes, il faut s`avoir s`entourer de collaborateurs efficaces.

    La valise ainsi jetee en pature a mon devolu semble avoir servi a mon frere cadet pour son periple en Afrique d`il y a six ans, puisque le code permettant de l`ouvrir n`est autre que sa date de naissance. L`objet, vide, pese dans les cinq kilos. Leste de mon trousseau, il flirte avec la ligne des vingt kilogrammes; mon accord avec la compagnie aerienne (Virgin Pacific) me permettant de charrier jusqu`a trente unites standard de masse, je suis tranquille; ca me permettra meme, a mon retour de Chine, d`y entasser vetements achetes sur place, livres accumules au gre de mon sejour, babioles et objets divers voues au partage avec les miens. Sans compter les colifichets, colliers en perles de verre et autres artefacts de l`industrie philippine, precautionneusement empaquetes et places dans mon bagage pour mieux amadouer l`indigene a mon arrivee.

    Precisons que tout au long du paquetage, j`etais fort efficement assiste de ma mere, qui s`y connait dans ces choses-la, et eut prefere que je m`y prisse plusieurs jours a l`avance, mais que voulez-vous, on ne change pas sa nature profonde, j`ai toujours fait au dernier moment les choses importantes, dans la precipitation et l`urgence, je les ai systematiquement baclees, fidele a ma nature flemmarde et brouillonne, avec des resultats divers, generalement meilleurs que ne le meritait ma bonne etoile. Apres le bouclage de la valise, ma genitrice et moi-meme avons procede a la derniere partie de scrabble du condamne, que j`ai gagnee de huit points. Prochaine partie programmee pour le six janvier deux mille neuf, autour d`une tasse de the.

    Dans l`apres-midi, quelques heures avant le depart du bus pour l`Angleterre (d`ou devait decoller notre avion, ca n`est pas uniquement pour le plaisir de faire des detours, le billet etait deux fois moins cher depuis Londres que depuis Paris), j`ai fait un ultime crochet par chez Edriwing, pour y retrouver Vertige, Ramethep et le Sultan pour un dernier briefing avant exil lointain (volontaire et enthousiaste). Avant de partir du domicile parental pour les mirages de l`Asie orientale contemporaine, j`avais termine la bouteille de vodka
Żytnia achetee deux ans plus tot, et consommee a petit feu, dans la solitude de mes longues nuits d`hiver, quand l`insomnie ne se pouvait combattre que par le feu interieur, degouttant lentement le long de l`œsophage pour s`aller perdre dans les meandres du gosier.

    Tandis que j`ecris ces lignes, il est six heures quarante, toujours heure locale, et j`entends le coq chanter. Le ciel s`est eclairci, malheureusement enrobe de nuages fort maussades, mais la penombre qui m`enveloppe depuis hier soir, dans ce bureau sans lumiere, va bientot s`estomper, permettant a mes yeux fatigues, cernes par la veille, de se consacrer tout entiers a la tache qui leur incombe. Qui sait quand ma carcasse, affaiblie par le jeune, pourra enfin s`aller etendre sur la couche rigide et confortable fournie par le gouvernement chinois? L`insomnie ne semble pas pres de se dissiper, et il me reste trop de choses a dire pour me resoudre a suspendre mon recit. Et nous n`en sommes qu`a lundi soir! Scribe bavard, va donc a l`essentiel, ou tu verras s`evanouir tout le benefice de ta vigueur si durement entretenue. Te voila prevenu; qu`on ne m`accuse donc pas de precipiter ma propre perte, je suis pleinement conscient du sort qui m`attend.

    Mais revenons a nos moutons. Chez Edriwing, j`ai trinque avec mes camarades, enquille successivement trois shots de liqueurs fruitees distinctes les unes des autres, que je me suis empresse d`aller vomir, pour partir le cœur leger. Penche en deux sur la cuvette, mon avenir entre les mains et la gorge en feu, j`ai pense a l`avenir qui m`attendait, a l`autre bout du globe. Invitation au voyage, les boyaux vides, les sinus emplis d`une bile heureusement peu abondante, pour un dernier rappel de la pesanteur avant de quitter le plancher des vaches normandes. Adieu au bocage.

    Apres ce bref passage chez Edri, le Sultan et moi-meme avons cloue la nos plus proches collaborateurs, pour aller rejoindre, a l`autre bout de la capitale, a proximite de la porte de Bagnolet d`ou devait partir notre car, Piotr, notre commanditaire, et son entourage, pour un briefing de derniere minute, autour d`une pizza et de la creme glacee de l`amitie, dans un restaurant local. Les adieux ne furent pas dechirants. L`entrefilet consensuel, outil de communication s`il en est, permet, de nos jours, de garder un contact que les anciens devaient se resoudre a interrompre, le temps du voyage. Nous fumes neanmoins accompagnes jusqu`a l`enregistrement, histoire de.

    Vers vingt-deux heures, au terminus Eurolines du nord-est parisien, le Sultan et moi-meme nous sommes fait enregistrer comme passagers a bord du car en partance pour Londres. L`heure nous separant du coup d`envoi dut consacree a l`exposition, au benefice de mon compagnon de voyage, des principes phonetiques et syntaxiques du base du chinois, langue que j`ai longuement etudiee, sans toutefois la pratiquer; il n`est jamais trop tard pour s`y mettre.

    Arrives parmi les premiers, nous fumes pourtant parmi les derniers a prendre place dans l`engin, faut de savoir que l`embarquement commencait plus d`une demi-heure avant le decollage. Nous pumes tout de meme trouver deux places voisines, vers l`avant du vehicule, pour y asseoir nos majestes baladeuses. Un peu de lecture contrariee par les mouvements de la monture, un peu de conversation sotto voce, deux a cinq heures de sommeil d`une qualite variable.

    Vers deux heures du matin, heure francaise, nous avons ete interceptes par les douanes, et la police des frontieres, aux abords du tunnel sous-marin. Mon precedent passage en terre britannique remontait a un sejour scolaire d`avril nonante-cinq, avant l`inauguration du tunnel sous la Manche, ou peu apres, qu`importe, puisque je m`y etais rendu en ferry-boat. Le controle dura une bonne heure, avec fouille integrale des bagages (les douaniers pensaient que je dissimulais une grande quantite d`especes dans ma valise, eh non, rate, ce n`etait que les quelques livres choisis pour l`occasion (laissant derriere eux, desempares et m`en separant, leurs trois ou quatre mille camarades restes au logis)) et long questionnaire personnel, tout ca pour un pays faisant partie de l`Union Europeenne, et pour l`acces duquel, en principe, aucun controle n`est strictement necessaire; o tempora, o mores!

    Retour a bord vers trois heures, heure francaise, aussitot converties en deux heures, heure anglaise. Nous attendimes le prochain chargement, prevu pour six heures, qui dans l`hebetude d`un demi-sommeil, qui dans la quietude d`une longue insmnie. Je m`eveillai brievement dans un caisson sous-terrain, a en juger par la pression maltraitant mes oreilles, puis dans la banlieue sud de Londres, vers huit heures du matin. Nous fumes delivres, sur les coups de neuf heures, de la carcasse encore fumante du leviathan echoue sur les cotes grand-bretonnes.

    Munis de nos seules cartes bleues, et d`un billet de dix euros conserves d`un casse a la Bank of Scotland par Jojo la Debrouille, nous affrontames courageusement les passagers matinaux du metro londonien, sur deux lignes ordinaires, jusqu`au terminus aeroportuaire, terminal trois, en banlieue sud-ouest de Londres. La, notre grande maitrise de l`idiome local, fierte de nos familles et cause de notre embauche, nous permit de prendre livraison de nos billets electroniques et de commander un copieux petit dejeuner local, dans une des nombreuses brasseries hors de prix du complexe aviaire.

    Vers onze heures, nous procedames au passage de la securite, avec fouille au corps mais pas rectale (fort heureusement pour mes voies impenetrables, a l`instar de l`eternel, hypothetique et misericordieux s`il en est), deshabillage partiel pour cause de boucle de ceinture bipante et de chaussures aux passements metalliques. Une fois demontree notre bonne foi quant a l`avenir paisible du Royaume-Uni, nous attendimes une heure que l`embarquement fut (avec accent circonflexe) ouvert sur notre vol, traversames la zone commerciale libre de taxes (apres avoir lorgne, mais sans ceder, sur les rayonnages d`une librairie Borders) et honorames de nos aimables seants le cuir use de l`ultime salon, avec vue sur les pistes, avant d`embarquer finalement a bord du vol pour Shanghai.

    Douze heures plus tard, au cours desquelles je lus de part en part "Automated Alice", de Jeff Noon, suite des aventures post-Wonderland de la fillette eponyme et prequel a la trilogie cyberpunk onirique du meme plumage, battis le Sultan sur un quiz de rapidite, dormis trois heures du sommeil du juste et entamai "The Golden Fool", troisieme et dernier tome du "Tawny Man" de Robin Hobbe, nous atterrimes a Shanghai. Le passage des douanes chinoises fut beaucoup plus rapide et informel qu`a Londres ou Calais, sans doute en partie parce que ma valise etait, parallelement, fouillee en coulisse (et mal revissee, en attestent deux boulons mysterieusement apparus au fond d`icelle, et le panneau en plastique entourant le code tournant, etonnamment demonte dans la soute, au point qu`il s`etait desolidarise de son bagage-mere, et avait ete laisse en route, quelque part au long du parcours interieur), ou alors, je suis paranoiaque, ce qui est fort possible, auquel cas les douaniers locux sont irreprochables. Entree sur le territoire reussie, pour trois mois dans un premier temps, pour un an si la conversion du visa est effective. La balle est dans le camp de mes employeurs.

    Mercredi cinq mars, le mardi quatre mars ayant ete integralement avale par le transit londonien et la remontee des fuseaux horaires, tel le saumon a contre-courant de sa riviere natale, nous arrivames donc sur le sol chinois. Premiere prise de contact de visu avec un monde somme toute assez different du notre, au diable l`universalisme, les poncifs ont parfois du bon. Mes trois annees consecutives dans une fac de chinois, avec passage des examens mais non validation d`un cinquieme de la licence, m`ont apporte une connaissance partielle de l`ecriture et du lexique, une maitrise douteuse de la langue commune a ce vaste pays (impression confirmee par l`epreuve du feu, koikidisent?) et une familiarisation toute livresque du sujet, sans aucune mesure avec l`objet brut.

    Sortis de l`aeroport vers neuf heures du matin, heure locale, soit deux heures du matin, heure francaise, nous optames pour la navette ultra-rapide, a levitation magnetique, de fabrication allemande et capable de pointes allant jusqu`a quatre-cent-trente kilometres/heure, qui nous conduisit, en a peine un quart d`heure, dans la ville meme. Premiere prise de contact avec la discipline a la chinoise, les trains partent a l`heure, personne ne monte avant le coup d`envoi, supervise par des officiers en uniforme clinquant, avec epaulettes et dorures. Dans l`ignorance ou nous nous trouvons des codes vestimentaires locaux, tout le monde, du balayeur au general, ressemble a un policier.

    Avant de quitter l`aeroport, nous convertissons (passage au present consecutif au decalage, tant horaire que culturel) en monnaie de singe (plaisanterie innocente, sans penser a mal, uniquement pour le plaisir d`employer cette expression, dont j`ignore (au sens de choisir de n`en pas tenir compte) l`exacte signification) soixante euros chacun, qui nous tiendrons au moins une semaine, a depenser sans compter. Le yuan est une monnaie moins forte que l`euro, surtout en ce moment, et le niveau de vie n`est pas ce qu`il est ailleurs sur Terre (au hasard, en Europe occidentale). Ca tombe bien, nos ressources de RMIstes virtuels etant tout aussi limitees que notre pouvoir d`achat au pays. Adieu, vieille Europe.

    Une fois atteint le terminus du Maglev Train, un policier en uniforme supervise notre chargment dans le premier taxi d`une longue file, et nous distribue un papier bilingue nous donnant, a titre indicatif, les tarifs a attendre des differentes courses possibles, en fonction de notre destination, ainsi qu`une mise en garde visant a ne pas nous faire arnaquer par un chauffeur peu scrupuleux (le notre ne s`y est pas frotte, on ne plaisante pas avec la police, en Chine, pays de l`ordre et de l`efficacite (et je ne suis pas, autant le rappeler, electeur de droite, donc peu porte sur la chose)). Il est d`autres pays ou la coutume veut, pour souhaiter la bienvenue au touriste occidental et retablir quelque peu la balance entre le fort pouvoir d`achat importe d`Ailleurs et la relative pauvrete locale, que la chevre fraichement debarquee de sa patrie post-imperialiste soit gentiment flouee par les mandrins a quatre roues de la faune locale; cette habitude si pittoresque n`aura pas, helas pour qui voudra s`en plaindre, lieu ici.

    Vers onze heures, nous arrivons a l`adresse indiquee au chauffeur, celle d`un petit hotel de quartier, loin des milieux d`affaire qui pululent a Shanghai, recommande par notre emetteur. Il nous faut toutefois sillonner plusieurs fois l`artere commercante, et obtenir, sans l`avoir demandee, l`aide d`un concierge en uniforme et de trois passants, avant de tomber sur notre auberge, fort habilement dissimulee dans une impasse, cent metres plus loin. Ouf. La chambre, tout confort, nous sera revenue a trente euros, payables d`avance, avec depot d`une caution supplementaire de vingt euros au cas ou. Le taxi nous avait, precemment, coute cinq ou six euros, pour une traversee de la ville, d`un bout a l`autre, a l`heure de pointe. Les choses n`ont bien evidemment pas la meme valeur, et nos cent vingt euros peuvent nous durer un moment. Une fois cette mane epuisee, nos comptes en banque seront a sec.

    Midi. Nous nous ecroulons, chacun sur son lit, dans une chambre grand luxe, mais sans exces, deux lits, television et salle de bains avec toilettes. Comme tous les chambres d`hotel en Chine, tout comme d`ailleurs les compartiments de train, notre mansarde est equipee d`un thermos empli d`eau chaude, qui le restera jusqu`a notre depart, le lendemain. Avec le thermos, quelques sachets de the offerts par la maison, avec peigne, savon, dentifrice et brosse a dents. Je m`endors aussitot, pour m`eveiller, plus par raison que par sentiment, sur les coups de dix-sept heures.

    Le Sultan et moi-meme partons explorer le quartier, a la recherche d`un repas chaud et d`un cybercafe. Mon telephone portable etant tombe en panne, mysterieusement bloque dans ma poche malgre la garantie de mon prestataire que la ligne serait maintenue jusqu`au neuf mars, je n`ai pas pu communiquer avec mes proches, hormis par l`intermediaire d`un bref courrier electronique envoye depuis Londres, ou des bornes internet permettaient, moyennant finances, d`ecumer la toile et d`ecrire virtuellement. A part un repas chaud, bon mais chiche, suivi d`un petit dejeuner tardif (ou precoce, selon la perception du temps en vigueur selon la trame horaire de reference) servis a bord, nous etions a jeun depuis la veille au matin. Estomacs dans les talons, donc, mais volonte persistante de nous connecter au vaste monde, avant tout assouvissement de notre faim, toute legitime fut-elle.

    Apres avoir tourne en rond, demande notre chemin et parcouru le quartier en long, en large et en travers, nous finissons par mettre la main sur un wangba, comme on les appelle ici, ou nous donnons des nouvelles a qui de droit, tout en en recevant de notre commanditaire, reste en France. Nous n`avons, en effet, eu aucun contact, de pres ni de loin, avec notre intermediaire local, et ce, depuis le debut de cette affaire. Nous apprenons qu`il prendra contact avec nous, le lendemain matin, vers midi, histoire que nous puissions dormir tout notre soul. Dans la foulee, nous parcourons les espaces siderants disponibles a tout un chacun, pour peu qu`il puisse cliquer et pianoter sur un clavecin numerique, et constatons pour la premiere fois la presence, bien reel, du parapluie internautique chinois. Il faudra bien nous en accommoder.

    Post communicati, nous fondons sur une gargote selectionnee pour son aspect typique (nous voyageons sans guide touristique ni plan de ville, et devons donc nous contenter de nos cinq sens pour naviguer dans ce milieu peu familier). La cantine s`avere etre specialisee dans les plats hong-kongais, moderement epices, et nous parvenons a commander, malgre la carte integralement et exclusivement redigee en chinois, des nouilles au bœuf ou au canard, selon nos gouts respectifs. Le repas est plantureux et arrose, comme il se doit, d`une biere locale, legere mais agreable en bouche. Cout total de l`operation, trois euros pour deux. Repas standard, un plat et une boisson, dans un restaurant lambda de la plus grande ville de Chine. Cela laisse presager des agapes bon marche a venir.

    Ayant tardivement empli nos estomacs, nous decidons d`aller, nuitamment, visiter la ville. Sur les conseils d`un ami, nous nous rendons sur les lieux d`une jetee situee en face des lumieres eclatantes et clignotantes, de l`autre cote du fleuve, du quartier des affaires, a l`architecture futuriste et decalee par rapport au reste de la ville, ou se jouxtent cites-dortoirs en beton arme decrepit, vieilles demeures a un etage, souvent laissees a l`abandon et vouees a une mort prochaine et batiments ultra-modernes defiant tant la gravite que le bon gout le plus elementaire. Shanghai est, decidement, la ville de tous les contrastes. Aller-retour en taxi, de part et d`autre d`une breve promenade sur la jetee, veritable piege a touristes tout bonnement constelle de vendeurs a la sauvette, cartes postales, jouets lumineux, bijoux plaques or et propositions malhonnetes; ayant fui le lieu, venteux et mal frequente, nous errons au hasard des rues, echouant dans une superette avant de rentrer en taxi. Retour a l`hotel pour une nuit reparatrice.

    Ou pas. Apres deux a trois heures de sommeil, mon organisme decide que la sieste est finie, et qu`il est temps d`aborder de face cet univers tout neuf, propice a citer Baudelaire en le paraphrasant. Nous sommes le jeudi six mars, il est trois heures du matin, et je n`ai plus sommeil. La fatigue persiste, mais le sommeil a fui mes membres alourdis par la route; le matelas de l`hotel, dur comme la pierre, meurtrit mes chairs tetanisees par l`interminable odyssee. A la clarte d`une lampe, je lis jusqu`au matin. De neuf a onze, je parviens, au prix d`un effort sur moi-meme, a fermer l`œil et a derober a Hypnos quelques heures de son precieux temps.

    A onze heures et quart, je jette un regard nonchalant vers mon reveil de voyage, qui devait sonner a dix heures mais que j`ai deprogramme en me rendormant. Je reveille le Sultan, qui dort comme un bebe, sans discontinuer, depuis la veille au soir, et nous bouclons nos valises, prenons des douches, buvons du the, que sais-je encore. Repondons au telephone, c`est notre impresario reste au pays, qui nous en appelle, il a converse avec son contact local, qui viendra nous prendre dans le hall de l`hotel, a midi. Et puis, leger detail en passant, nous n`irons, en definitive plus a Wuxi, dans la peripherie de Shanghai, mais a Ganzhou, dans le Jiangxi, province meridionale et autant l`avouer, pas la porte a cote. Boh, pas grave, partir pour partir, qu`importe la destination: le depaysement n`en sera que plus total.

    Check-out. Nous sommes accueillis dans le lobby par Frank, notre contact local, qui est lui-meme en liaison avec un autre intermediaire, la-bas dans le sud, qui nous y attend le lendemain matin. Notre train part a seize heures cinquante, de la gare sud de Shanghai. Dans l`intervalle, il nous invite, grand prince a la chinoise, dans un restaurant specialise dans la cuisine du Hunan, autre contree du sud, moderement epicee. Le ventre plein, apres avoir devore cinq ou six plats et deux grandes bouteilles d`une biere locale, nous nous rendons, une heure et demie en avance, a la gare, dans une salle d`attente enorme, ou notre physique singulier fait sensation. Je me fais aborder par une habitante du cru, amusee par les quelques phrases hesitantes que je suis tout juste capable d`articuler. Qu`on le veuille ou non, nous detonons dans le paysage, et ca n`est pas pres de s`arranger. En route vers d`etranges contrees, peuplees d`etres singuliers, a la croisee des chemins, etc., ad libidum.

    Seize heures trente. Nous prenons place a bord du train-couchettes pour Ganzhou. Nous disposons des deux lits du bas dans un compartiment de six couchettes, empilees par trois de part et d`autre d`une etroite travee centrale. Notre contact local, fort sympathique au demeurant, nous abandonne dans le wagon. Ce n`est qu`un adieu definitif, nous ne nous reverrons pas de sitot. Livres a nous-memes, nous mangeons des chips sucrees a l`aspartam que nous laisserons, pour l`essentiel, dans le train a notre arrivee, et du pop-corn du meme metal. Nous ratons la vente de nouilles, puis de the, assuree par des colporteurs en uniforme de policier. Le personnel du train est essentiellement feminin. Lecture, palabres, lente derive dans et hors du sommeil. A vingt-deux heures, extinction des feux, qui ne seront rallumes que le lendemain matin, vers six heures.

    Berces par le mouvement du train, reveilles par les arrets irreguliers, le long de la ligne qui franchit bientot la limite de deux provinces, nous filons vers le sud, assez contraste par rapport au nord, tant culturellement que linguistiquement: si l`on y parle la langue commune, c`est en sossotant (tous les "sh" inherents au mandarin sont systematiquement remplaces par des "s", idem pour les "c/ts`" qui se substituent aux "ch/tch'", et ainsi de suite), et les dialectes, ou langues locales, ne sont pas les memes. Les gens sont moins grands, comme nous n`allons pas tarder a nous en rendre compte.

    Vendredi sept mars, vers huit heures vingt, apres seize heures de train, nous arrivons en gare de Ganzhou. Cette petite ville de province, sous-prefecture du Jiangxi, compte entre deux et huit millions d`habitants, selon les decomptes. Les gens sont bel et bien nombreux, ce qui n`a soi rien d`etonnant; a vrai dire, je m`y attendais un peu, en venant en Chine. A la gare, l`intermediaire local vient nous chercher dans sa fourgonnette japonaise, accompagne  d`un inconnu, qui nous offre des fleurs.

    Il s`agit d`un de nos futurs collegues du lycee, professeur d`anglais de vingt-quatre ans, tout frais diplome de l`universite et nouvellement nomme. Il s`avere qu`a part nos noms, il ne sait rien de nous, pas meme le pays d`ou nous venons. Notre experience d`enseignants, quelque peu gonflee sur nos CV, ainsi qu`il est de coutume de le faire sur le marche de l`emploi, n`est pas connue de lui en detail. Il est surpris d`apprendre que nous debarquons en Chine expressement dans le but de venir ici, enseigner une langue qui n`est pas la notre, de surcroit. C`est la Chine, et nous n`en sommes ni a la preniere, ni a la derniere contradiction de notre sejour.
 
    Avant de quitter la grand`ville pour gagner la campagne, ou se trouve notre etablissement de rattachement, nous devons donc proceder a des tests medicaux, indispensables a l`obtention d`un visa de travail. Taille et poids sont soigneusement mesures, un peu de sang nous est preleve, notre vue et notre odorat sont consciensieusement verifies. La doctoresse, douee d`un solide sens de l`humour, et le policier local en uniforme de general, fort sympathique au demeurant, nous font bon accueil. Nous essuyons les premieres remarques sur nos statures de geants (je mesure un metre quatre-vingt-deux, certes pas petit mais il n`y a pas de quoi se cogner aux portes, et le Sultan est a peine moins grand), et notre aspect singulier nous vaut des compliments: "Vous etes tres beaux." Vous m`en direz tant.

    La semaine prochaine, pour peu que mon sang soit exempt de toute souillure (on ne se mefie jamais assez, dans le pays de l`ordre et de l`efficacite), je signerai mon contrat de travail et prendrai mes fonctions d`expert etranger. Je pourrai jouer dans une serie policiere televisee, badge a l`appui. Un chansonnier philosophe engage, romancier a ses heures, declamait il y a quelques annees: "Je veux etre grand et beau!" C`est ma foi fort facile, il suffit de venir s`enterrer dans une campagne chinoise, et le tour est joue. Que demande le peuple?

    Une heure de voiture, et nous arrivons a Xinfeng, destination finale de notre periple, petit hameau de sept cent mille ames, perdu dans une plaine rocailleuse, aride et oxydee, enchassee entre plusieurs de ces chaines de montagnes si typiques du Sud chinois, pains de sucre fortement boises. La ville elle-meme est en plein boum. Dans cinq ans, la population aura double; dans dix ans, quintuple. Pour le moment, c`est une bourgade provinciale, trois rues poussiereuses au bord de l`autoroute, semblable aux villages des westerns italiens, avec pour figurants zero virgule sept million de Chinois, de tous ages et de toutes conditions, essentiellement pauvres, d`extraction paysanne et recemment urbanises. Notre passage fait sensation.

    Le lycee ou commence cette histoire est un lycee modele, pilote ou experimental, selon les etiquettes brandies par les administrations successives. En substance, c`est la meilleure ecole du coin, qui selectionne sur dossiers, resultats l`appui, les eleves dont elle retient la candidature. En pratique, ce sont quelque cinq mille eleves, repartis sur trois niveaux, vingt-six classes de seconde, autant de premiere et de terminale. Le Sultan et moi-meme allons nous repartir la totalite des secondes et des premieres, selon un algorithme d`une grande complexite: il choisit les secondes, je m`occuperai donc des premieres. Chacun de nous deux, en qualite d`assistant etranger, axera ses cours sur l`oral, trois quarts d`heure par semaine pour chaque classe, soit un total d`une vingtaine d`heures,  plus une heure et demie hebdomadaire de tutorat en petits (?) effectifs. Chaque classe comportera trente a soixante eleves, etages en groupes de niveau (trois en tout). Bonne chance, Jules et Jim.

    D`un point de vue purement materiel, nous nous en tirons bien: logement de fonction entierement pris en charge, sans loyer ni frais energetiques de base, cinquante metres-carres, trois pieces, un mobilier robuste, etc. Fourni avec chaque appartement, car nous avons chacun le notre, situes de part et d`autre d`un palier, une bicyclette en etat de marche (pas encore testee). Comme les trois cents enseignants du lieu, nous sommes loges sur le campus du lycee. J`ignore ou resident les eleves, mais ils ne sont sans doute pas loin, car ils passent ici le plus clair de leur temps. Les croiser dans les allees du complexe scolaire, ou se promenent par ailleurs de poules en liberte, nous donne un avant-gout de ce que sera notre annee.

    Le vendredi midi, nous nous entretenons brievement avec le principal du lycee, traducteur a l`appui, et nous prenons le the avec lui et le chef du departement des langues etrangeres. Ni l`un ni l`autre n`ont l`air particulierement commode, tout impregnes qu`ils sont de l`aura majestueuse et competente inherente a leur dignite; de fait, ils nous faussent assez vite compagnie, leurs hautes fonctions les appelant ailleurs, et nous laissent en compagnie du chef des profs d`anglais, age de trente ans tout comme moi, de notre mentor de l`hopital, et de l`intermediaire local. Nous nous attablons devant un plantureux repas, offert par la maison, arrose de bieres locales et accompagnes de joyeux devis, en anglais dans le texte, en francais en sous-titre et en chinois par a-coups, au gre de mes performances fluctuantes. Ca met du temps a revenir. C`est fou ce que ca rouille vite et longtemps, ces choses-la. J`ose a peine imaginer l`etat de mon estonien, quand j`aurai a m`en servir. Du moins ai-je quotidiennement l`occasion de pratiquer mon hindi/ourdou, le Sultan parlant quasi-couramment cette langue double. Shabash, choTe admi!

    Apres le festin de bienvenue, le jeune s`eclipse pour rejoindre son amie de cœur, l`intermediaire repart dans sa camionnette brinquebalante, et le chef des profs d`anglais nous fait faire le tour de nos logements respectifs. Yeux en boules de billard. Nous prenons seulement alors conscience de notre situation privilegiee. A nous la belle vie de travailleurs expatries! Plaisanterie mise a part, nous jouissons effectivement d`un traitement de faveur. Meme si nous ne touchons qu`un peu plus que le RMI, c`est toujours deux a trois fois plus que nos collegues indigenes (information non verifiee aupres d`eux, question de tact). Notre Virgile nous laisse a notre installation et au repos bien merite qui prefigurera notre entree de plain-pied dans le metier qui sera le notre un an durant. Vers l`infini, et au-dela!

    Le reste du vendredi apres-midi est consacre au deballage de nos affaires, a la prise en main de l`espace propre a chacun (les appartements sont l`image-miroir l`un de l`autre), au formatage, si necessaire, des ordinateurs, avec connexion ADSL, qui nous echeent. Le Sultant profite de la proliferation de virus sur sa becane pour y installer Linux, tandis que j`explore les possibilites qu`offre un ordinateur personnel a domicile, avec une connexion et un temps d`occupation limite par le seul cadran horaire. C`est la premiere fois que je dispose d`un tel luxe. En outre elements du mobilier, un televiseur captant les chaines chinoises. J`y jetterai sans doute un œil un de ces jours. Pour le moment, j`ai mieux a faire.

    En fin d`apres-midi, nous sortons en ville pour faire quelques courses. Une superette situee juste en face du lycee nous offre le necessaire. Sans avoir pris mon dictionnaire, ni pense a traduire au prealable notre liste de courses, nous sommes obliges de mimer, ou de dessiner, certaines des marchandises convoitees. Nous repartons les bras charges de victuailles, produits d`entretien et vaisselle supplementaire. Astiquage general des appartements, suivi d`un diner maison, riz cuit au wok et omelette nature. Un regal. En soiree, je reste plus tard que de raison sur l`ordinateur, m`ecroulant finalement vers deux heures du matin.

    Samedi matin, je n`ai rien fait, sinon dormir. Leve vers quatorze heures, j`ai rejoint le Sultan, qui s`occupait de son cote (un des avantages de ne pas faire de la colocation, mais d`avoir chacun son domicile). Nous avons dresse une liste complementaire de produits manquant a notre inventaire, que nous sommes alles acheter au meme endroit que la veille, apres avoir fait un tour en ville, une heure avant le coucher du soleil. Diner de pates accompagnees d`une omelette au champignon. En dessert, un ersatz de chocolat et des jujubes. Notre budget initial est presque termine, nous disposons encore de deux cent cinquante yuan, suffisants pour vivre sans exces une a deux semaines.

    En soiree, nous redigeons le discours qu`il nous faudra reciter lundi matin, devant les cinq mille eleves du lycee rassembles je ne sais ou pour la ceremonie de salut au drapeau (comme dans les feuilletons americains). Comme nous finissons, Virgile nous apporte une exemplaire de nos contrats, que nous signerons le lundi, et nos emplois du temps respectifs. En gros, je fais cours sans discontinuer du lundi au jeudi de huit heures du matin a dix-huit heures (je n`ai d`ailleurs pas pense a verifier si je beneficiais d`une pause-dejeuner), et le vendredi, je n`ai que trois cours, mal repartis. Le samedi matin, rien, non plus que le dimanche. En definitive, je m`en tire a bon compte. Ton compte est bon, mon gaillard.

    Apres avoir tape et relu le discours, nous l`envoyons par email a Virgile, qui procedera a la traduction dans le secret de sa propre taniere. Un repos bien merite nous attend, il est minuit. Nous decidons de regarder un des DVD laisses derriere lui par un de nos predecesseurs, un Camerounais rapatrie pour cause de relations internationales. Notre choix se porte sur "Fanfan la tulipe", le remake recent avec Vincent Perez dans le role de Gerard Philippe, et Didier Bourdon en Louis Quinze. Un film crispant, seme de combats mal orchestres, un Perez qui singe Bebel sans eclat; un film absurde, anachronique, amusant finalement.

    Vers trois heures du matin, apres une mini Linux-party chez le Sultan, j`ai regagne mes propres appartements. Ma bouilloire electrique en metal achetee la veille ayant deja fait saute les fusibles de deux prises de courant, je renonce a m`en servir; la nuit qui s`acheve s`est donc passee sans the. Je ne sais pas trop comment j`ai pu tenir aussi longtemps, mais il fallait que je rende compte, des que possible et aussi precisement que possible, des evenements recents, pour les generations futures et ma propre edification. Il est neuf heures quarante du matin, heure locale, deux heures quarante du matin, heure francaise. Je ne suis pas couche.

    Programme de la matinee: prendre une bonne douche avant de m`aller etendre et dormir. Foutre ma journee en l`air en dormant jusqu`au soir, ou parachever la nuit blanche en ne me couchant pas. La raison, je l`avoue, hesite entre ces deux options de combat. La douche est, quoiqu`il advienne, un preambule incontournable. Au milieu de tout ca, il faudra que je lise un peu, mais pas trop, histoire de faire durer, tant que faire se pourra, mes quelques provisions de bouche. Dans la journee, avec le Sultan, nous devrons nous mettre d`accord sur le programme de notre premiere de cours, et la preparer, au moins dans les grandes lignes. Par la suite, notre Virgile nous fournira des exemplaires du manuel utilise par les professeurs chinois, sur lesquels nous nous alignerons, pour le meilleur et pour le pire.

    Voila donc comment je me retrouve professeur d`anglais en Chine, dans un gros lycee de campagne, apres avoir demissionne, pour un millier de raisons, de l`Education Nationale, qui m`employait, en qualitede professeur stagiaire, dans un lycee de bonne taille du centre-ville d`Orleans. Au lieu des soixante-quinze eleves, trois classes, huit heures de cours dont je m`acquittais alors, je devrai fournir vingt-deux heures (soit autant qu`un professeur titulaire a temps plein, en France), pour mille deux cents eleves repartis en vingt-six classes. Quelque part, aussi etonnant que cela puisse paraitre, je n`ai pas le sentiment d`etre perdant au change. L`avenir nous dira si je me fourvoie, ou si je parviendrai, tant bien que mal, a surnager dans ce nouveau bassin de flottaison. Suite au prochain episode.

 





Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 8 mars 2008

    Samedi,  huit mars deux mille huit. Vingt heures vingt-cinq.  Vingt heures vingt-six (heure locale).  Mon clavier fait la greve des accents. Ceci est une note d`une brievete confondante, pour signaler que je suis bien arrive en Chine, que j`y prends mes marques et  qu` a priori, pour peu que cet article soit correctement mis en ligne (merci de me le signaler par  courrier electronique si vous avez mon adresse), je ne changerai finalement pas d`hebergeur.  Le site reste accessible en ecriture, bien que les habitants du cru, expatries et voyageurs egares n`aient pas la possibilite de le lire sur place.

 Programme: infiniment vaste. Dans l`immediat, finir la redaction du discours de bienvenue que je devrai reciter, lundi matin, devant les cinq mille eleves du lycee, assembles pour l`occasion  dans la cour du campus. Me  faire la main en qwertyland prendra plus de temps, mais me  rappellera mon enfance, quand je programmais sur un clavier  comme celui-ci, avant l`invention de l`azerty pour public francophone. Il y a vingt ans, il y a un siecle, il y a une eternite.


 

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 3 mars 2008

    Dimanche deux mars deux mille huit, minuit quarante. Dans quarante-huit heures, je serai à Shanghaï. Dans l'intervalle, il me reste beaucoup à faire. Les derniers jours ont été frénétiquement remplis d'activités dernières, de rencontres concassées avec le plus grand nombre d'amis possible et de velléités parfois concrétisées. Chaque repas contenait des aliments que je ne mangerai plus avant un an. Mes préparatifs s'en sont quelque peu ressenti, et mes rangements ont accusé un retard certain. Mais au bout du compte, en sacrifiant surtout mon temps de sommeil, je suis parvenu à concilier mes différents agendas conflictuels. Une nouvelle page s'ouvrira demain.

    Jeudi dernier vingt-huit février, plutôt que de me lever tôt pour achever le terrassement de mon habitat, j'ai profité du temps mort pour dormir tard, rattraper un peu de mon sommeil en retard. Certains arguerons que le sommeil en retard n'existe pas. Je ne suis pas en désaccord avec cette opinion. Le fait est qu'après un lever matinal pour lire mon courrier électronique, je me suis retourné coucher quand l'électricité fut subitement coupée, une demi-heure plus tôt que prévue, par les ouvriers du quartier. Le reste de la matinée fut consacré à l'oubli du monde réel, qui le mérite bien.

    Dans l'après-midi, après un déjeuner en famille et une partie de scrabble sur le pouce, j'ai repris la lecture de mon courrier. Le planning de la journée étant très serré, je ne comptais pas rester très longtemps en ligne, mais au moment où j'allais me déconnecter, j'ai eu des nouvelles de la London connection, par laquelle j'espérais obtenir un billet deux fois moins cher que depuis Paris. L'offre s'est confirmée, mais au moment d'effectuer le paiement, mon bailleur de fonds m'a informé (un peu tard, un virement bancaire l'avant-hier aurait tout résolu) qu'il refusait de payer par carte bleue sur internet. Un virement bancaire in extremis, programmé pour arriver le surlendemain sur mon compte, semblait la seule solution, ou plutôt, à vrai dire, un pis-aller, l'offre promotionnelle d'un contact œuvrant en la capitale britannique n'étant valable que jusqu'au lendemain matin.

    Après une heure de conversation avec mon père, au cours de laquelle je ne me suis pas énervé, j'ai fini par mettre les bouts. J'avais prévu de passer voir mon grand-père vers quinze heures, puis de l'accompagner dans la maison de retraite où ma grand-mère est soignée depuis quelques mois. Il était seize heures trente lorsque je débarquai dans l'établissement, où se trouvaient déjà ma grand-mère, mon grand-père et ma tante, attablés autour d'une tasse de thé dans la cafétéria locale.

    Je n'avais pas vu ma grand-mère depuis son admission, six mois plus tôt, mais je ne pouvais pas quitter la France pour une si longue période sans l'avoir vue une dernière fois. Elle a quatre-vingt-six ans, et souffre depuis quelques années d'une forme avancée de la maladie d'Alzheimer, qui la déconnecte du réel et court-circuite ses processus mentaux. Elle perd une à une toutes ses facultés, et sa santé physique déclinant petit à petit, je ne suis pas certain de la revoir en vie, à mon retour de Chine, dans un an. Cette ultime entrevue avait des airs d'adieux.

    Après la visite en maison de retraite, j'ai raccompagné mon grand-père chez ma tante, pour une bière et une tasse de thé. Une deuxième tasse de thé. Une dernière heure passée en famille, avant mon départ. Je ne les reverrai plus d'ici là, pour cause d'emploi du temps trop plein, ou de vacances au ski, dans le cas de ma tante. Je ne jouerai plus au boggle avant longtemps.

    Je devais passer aux Palmeraies vers dix-huit heures, j'y arrivai sur le coup de dix-neuf heures quarante. Je n'avais pas vu l'hôtesse des Palmeraies depuis un an et demi environ, peut-être davantage. Idem pour sa sœur, ancienne habitante des lieux. Beaucoup de retard conversationnel à rattraper, donc, et une demi-douzaine de bières pour arroser le tout. Du cake au gingembre, des noix de cajou et des traits d'humour de haut vol (la bière aide bien, dans ces cas-là). Je pris congé vers vingt-deux heures trente. Ramethep m'attendait pour vingt-heures, avec une pizza froide et quelques bières belges.

    J'ai passé la nuit de jeudi à vendredi chez Ramethep, autour d'une théière et devant le petit écran, pour un visionnage marathon de "V", la série SF produite en octante-trois, celle où des hommes-lézards anthropophages colonisent la Terre pour lui voler son eau, aux prises avec des résistants bien décidés à les renvoyer chez eux. Les effets spéciaux n'ont pas trop vieilli, surtout parce qu'ils sont discrets, et les méchants permanentés sont terriblement méchants. Le visionnage a pris fin vers six heures du matin, heure à laquelle je me suis endormi sur le plancher.

    Vendredi vingt-neuf février, réveillé vers neuf heures trente, j'ai pris le petit-déjeuner localement, avant de boire quelques bières, belges de préférence, toujours chez Ramethep, bientôt accompagné de Vertige. Sur le coup de quatorze heures, dernière séance de cinéma avant le départ, prétexte à croiser Niin. "There will be blood", avec Daniel-Day Lewis en mineur pétrolier misanthrope. Retour en fin d'après-midi, dîner en famille, puis soirée d'adieu à Fontenay-aux-Roses, avec les anciens de la fac, majoritairement trentenaires, mariés, sans enfants.

    La soirée a duré jusque vers trois heures trente du matin, j'y ai bu huit ou dix bières (belges de préférence), mangé un nombre indéterminé de parts de pizza, chips, aliments divers n'ayant laissé dans mon esprit que le souvenir d'une abondance confortable. Parties de guitar-hero, puis de karaoké, sur la télévision locale, fort opportunément munie d'une console de jeux. Nous étions huit ou dix, joyeusement vautrés sur un canapé de cuir blanc, à fixer les exploits hypnotiques des guitaristes digitaux. Soirée non-fumeurs, hourra. Retour à pied, couché vers cinq heures.

    Samedi premier mars, j'ai coupé court à ma grasse matinée pour filer sur Paris. Mais je brûle une étape. La veille, sans doute le matin, j'avais acheté des billets d'avion. Oui, le souvenir se précise. J'étais chez Ramethep lorsque j'appris, au réveil, que l'Education Nationale, gloire lui soit rendue, venait de me livrer ma paie de février (rappelons que j'ai démissionné le quinze janvier, et que mon dernier cours donné remonte au quinze décembre). L'argent m'a donc servi à effectuer un virement bancaire vers l'Angleterre, avant d'imprimer des billets électroniques, qui devraient me permettre d'embarquer à Heathrow vers des cieux orientaux.

    Samedi matin, je suis allé à Paris, donc, pour aller retirer, dans une agence idoine, des tickets de bus pour Londres, achetés la veille au soir sur internet. A onze dix du matin, ce samedi premier mars, je me retrouvai donc enfin en possession des sésames nécessaires au passage des frontières, vers l'Angleterre dans un premier temps, puis vers Shanghaï, pénultième étape de mon périple d'un an. A midi, j'avais rendez-vous à Belleville, pour retrouver Alba et Ali, perdus de vue depuis six ou dix mois, pour un déjeuner et un dernier regard avant le grand départ.

    Rejoint par le Sultan, je gagnai le domicile du couple, pour y déguster des spécialités pakistanaises et parler de la Chine, d'où revenait Alba, grande exploratrice du Nord-Est, où elle étudie les mœurs de peuples nomades éparpillés dans la taïga, entre la Chine et la Russie, de part et d'autre du fleuve Amour. Conseils bien utiles, échanges de points de vue. Tentative d'inculquer au Sultan les premiers mots qui lui seront indispensables lorsqu'il foulera le sol chinois (je ne sais pas si je l'ai déjà précisé, mais le Sultan sera du voyage, et mon colocataire, et mon collègue, dans mon périple asiatique, qui est aussi le sien).

    Vers seize heures, le Sultan a dû regagner, pour la dernière fois avant un moment, sa Picardie natale, pour y acheter des chaussures (les Chinois ont des petits pieds, il lui sera donc difficile de s'y chausser, puisque côté péniches, il se pose là). J'en ai profité pour quitter les lieux, et puisque j'avais quelques heures de battement, j'ai filé chez Ramethep, pour un ultime squat de son équipement vidéo. Cinquième et dernier téléfilm de "V", puis un épisode isolé du "Muppet Show", avec Peter Sellers, hélas doublé, dans le rôle de l'invité. Vers vingt heures, adieu aux armes et translation vers la banlieue ouest, pour un ultime repas chez la Tigresse. D'autres invités, agréablement aperçus avant mon départ. Nourriture somptueuse, bières (tout comme chez Ramethep précédemment, le week-end semblait placé sous le signe du malt), belges de préférence, boudins poêllés au poivre de Caïenne. Que demande le peuple?

    Vers deux heures du matin, crash-landing chez le Chat, avec les survivants de la nuit, pour un papotis suivi d'un naufrage dans la chambre d'amis. Tout de même content d'avoir pu faire le tour de tout un tas d'appartements, avant de les quitter pour de longs mois, et de leurs occupants. Le propre des amis, c'est qu'ils nous manquent quand on les quitte.

    Ce matin, réveillé vers neuf heures, j'ai pris la tangente pour rejoindre le domicile parental. Muni d'un aspirateur, de sacs poubelle et de placards réaménagés pour accueillir mes archives, j'ai achevé le rangement de ma chambre, puis fait la chasse à la poussière, jusque dans le moindre recoin de l'espace ainsi libéré. Le lieu est désormais tout à fait habitable, il est donc temps de le quitter. Déjeuner en famille, le tout dernier avant un an, canard laqué, tarte au citron. Conseils avisés. Avant de filer sur Massy pour une ultime partie de Fading Suns, je suis passé voir mon frère et ma belle-sœur, ainsi que ma nièce, histoire de prendre leur congé avant de quitter mon pays pour une mer lointaine. Ma seconde nièce, s'il plaît au tout-puissant (ou à son absence, mais il sera temps de trancher à la fin des temps), naîtra en mon absence.

    Programme: ne pas me coucher trop tard (je crois que c'est raté), lire une ou deux pages avant de sombrer. J'ai commencé "Automated Alice", de Jeff Noon. Demain matin, dormir tard si j'y parviens, ou tôt si ma conscience me taraude, ou si les odeurs de café m'importunent par-delà le mur du sommeil. Trier mon placard, à la recherche des vêtements trop petits, troués par les mites, passés de mode ou inaptes à m'habiller dans mon odyssée. Ecarter la chienlit, sélectionner les élus de mon cœur, acquérir, ou ne pas acquérir, les pièces manquantes. Faire ma valise. Tendance prévisionnelle, peu de fringues (j'en ai peu), peu de livres, voyager léger, ménager ma monture et profiter des prix bas pratiqués en Chine, paraît-il, sur les textiles. Envisager les conditions du retour, les bras chargés de cadeaux, ployant sous la verroterie habilement refourguée par la ligue commerçante locale.

    Suite du programme: une fois achevés mes préparatifs, bouclée ma valise et avalé mon thé expiatoire, m'adonner à une ultime partie de scrabble avec ma mère, que je quitterai donc, la larme à l'œil, pour une durée déterminée, plus ou moins égale à un an, passée loin des miens, étant entendu, pour respecter les règles de l'art, qu'ils resteront dans mon cœur tout au long du voyage. Si le temps m'en est laissé, avant de prendre la route, passer chez Edriwing, y embarquer le Sultan tout en faisant mes adieux à Vertige et à Ramethep, pressentis dans le rôle du comité de départ, et filer vers l'est parisien pour un dîner séparatoire avec Piotr et son entourage, action de grâces, fontaine de sagesse, estomac plein pour mieux vivre le voyage en autocar.

    Vers vingt-deux heures, faire le pied-de-grue porte de Bagnolet, prendre place dans un bus affrété par une grande compagnie européenne, quitter nuitamment la capitale des Gaules, sillonner la fraîche et riante campagne assoupie du bassin parisien, puis de Normandie, monter à bord d'un ferry à destination de la blanche Albion, pour y débarquer, vers six heures du matin, à Londres, valise à la main, du rutabaga plein la tête, coude-à-coude avec le Sultan, avant de traverser la matinée comme des fantômes, assouvir notre appétit malmené par la route, gagner l'aéroport avec une marge de sécurité adéquate, échanger nos tickets électroniques contre d'authentiques billets d'avion, embarquer vers l'Ailleurs.

    Suite au prochain épisode. Mes informateurs locaux m'ayant fait part de problèmes pour accéder au site de mon hébergeur actuel, je risque de changer, une fois de plus, d'adresse matricielle. La suite de mes aventures, en Chine et sans Schopenhauer, s'effectuera donc ailleurs. Dès que j'aurai amorcé la nouvelle interface, j'en informerai d'éventuels lecteurs, pour peu qu'ils souhaitent poursuivre leur lecture [Edit: C'est chose faite. Les épisodes suivants sont à découvrir sur http://schopenhauer.canalblog.com/]. Ma vie ne fait que commencer. Demain est un autre jour. Tant va la truite à l'eau qu'à la fin elle y nage.

 




Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 27 février 2008

    Mercredi vingt-sept février deux mille huit. Vingt-deux heures quarante-six. Ces deux derniers jours ont été bien remplis. J'ai mal aux pieds, je suis fatigué, je ne suis pas malade parce que je suis généralement plus fort qu'une gorge qui me gratte ou qu'une paire de poumons qui s'amusent à grincer quand je les pousse au-delà de leurs limites. Je vais dormir douze heures d'affilée, donc je serai encore moins malade après. Et comme j'ai passé les quarante-huit dernières heures hors du nid, je n'ai presque pas respiré de poussière durant tout ce temps. Mon pneumologue serait fier de moi, si j'en avais un.

    Lundi soir, mes talents de prédiction m'ont permis de respecter en tous points mon programme. J'ai vu ma tante, en fin de soirée, pour la battre au boggle et puis aussi au flipper, tant que j'y étais. Elle était malade, la faute aux vacances. Avant ça, j'ai bien avancé, mais pas achevé, mon nettoyage par le vide. Il me reste à opérer un ultime filtrage de la paperasse, et à sceller le sort du Placard de la Mort, où se terrent, loin du monde des humains, mes vêtements. Et je ne sais pas si je pourrai, mais j'aimerais bien m'attaquer au débarras au-dessus de l'armoire, il y a des trucs amoncelés depuis trois ou quatre siècles, qui n'attendent que mon huile de coude pour rejoindre l'enfer qui les a vus naître.

    Mardi vingt-six février, qui n'était qu'hier mais me semble déjà distant d'une éternité (tant mieux, c'est bon signe, ça veut dire que je me fais peu à peu à l'éloignement, que j'anticipe sur l'arrachement au sol natal pour aller me repoter à l'autre bout du monde), j'ai converti mon organisme en une machine à résilier. J'ai fait, tôt le matin, mais pas aussi tôt que le Sultan (levé à quatre heures du matin pour quitter sa Picardie natale à temps pour rejoindre la capitale des Gaules), la queue devant le consulat de la République Populaire de Chine, histoire d'y demander un visa pour aller voir là-bas si j'y étais. Je n'y suis pas encore, en Chine, mais c'est plutôt bien parti.

    Arrivés vers neuf heures et quart devant le consulat, nous en sommes partis vers dix heures et quart, sans avoir déboursé un sou, mais en ayant promis de revenir le lendemain, pour nous séparer de quelques dizaines d'euros en échange d'un tampon sur nos passeports. La veille, j'avais appelé mon assurance pour résilier mon contrat. Je l'ai rappelée pour la réactiver, mais finalement, ils m'ont convaincu du contraire. "Ils" étant là pour désigner les gens de la compagnie d'assurance. Apparemment, j'ai bien fait de regagner le domicile parental en fuyant Orléans, parce que je suis couvert par son ombre protectrice jusqu'en l'Empire du Milieu, voire rapatriable en cas de pépin. Hosannah.

    Nous avions faim, le Sultan et moi-même, donc en allant chez Ramethep, nous avons acheté un poulet rôti, escorté d'une dizaine d'ailes de dinde. Le tout fraîchement cueilli sur l'arbre à volailles. Un peu de pain pour accompagner le tout, du chocolat en dessert et une douzaine de bières pour arroser la bidoche blanche, et nous arrivâmes chez Ramethep. Je devais retrouver Tonga le lendemain midi, mais quelques coups de fil plus tard, et il nous rejoignit. Plus tard dans l'après-midi, la Souris fit un passage éclair, et Vertige apparut à la tombée de la nuit. La bande au grand complet, quoi.

    L'après-midi a été consacré au massacre des victuailles et à l'évaporation des liquides. Quatre bières pour ma pomme (trois Grimbergen ambrées et une Leffe rouge), une ou deux absinthes pour trinquer au Changement, et la journée était lancée. J'étais survolté, sans doute par la tournure qu'est en train de prendre ma vie, et pour compenser la fatigue. Entre la nourriture et la boisson, j'appelai l'Education Nationale, pour leur présenter une seconde fois ma démission; j'envoyai un courrier à la même Education toujours aussi Nationale, pour leur présenter une troisième (et dernière) fois ma démission; j'écrivis, tant que j'y étais, pour résilier ma carte de cinéma, et pour résilier ma ligne téléphonique. Un aller-retour à la poste plus tard, et je pus reprendre mes activités. Le tout étant saupoudré de conversations trépidantes entrecoupées de fugues sur internet.

    Le soir, Tonga ayant regagné sa tanière, le Sultan et moi-même, talonnés par Vertige et Ramethep, avons gagné Suresnes pour dîner avec Piotr, dans une brasserie française discrète et bien tenue. J'y dégustai des lentilles et des endives. Et un tiramisu. Le tout arrosé d'une bière alsacienne, une fois n'est pas coutume. Le maître de cérémonie a reçu nos hommages vibrants, présidant, paternel et débonnaire, à nos toasts maladroits. Il s'éclipsa pour rejoindre son lieu de travail tandis que mes comparses et moi-même nous mîmes en route, à pied, qui vers l'est, qui vers le sud, promenade digestive postprendiale. Hop.

    Vertige et moi-même avons laissé Ramethep et le Sultan traverser la Seine, puis le Bois de Boulogne, à la recherche d'un moyen de transport. Après une heure de marche, nous avons rejoint la ligne de tramway numéro deux, que nous avons suivie jusqu'à son terminus, avant de traverser une zone sinistrée, tout entière consacrée au règne de l'automobile, pour gagner le terminus du tramway numéro trois. A l'arrêt du tram nous attendaient deux ou trois milliers de supporters du Paris Saint-Germain, fraîchement démoulés du Parc des Princes et agglutinés sur la chaussée, à attendre le moyen de regagner leurs terriers. Nous roulâmes serrés.

    J'ai passé la nuit chez Vertige, non sans lui avoir volé un pantalon à carreaux, trop grand pour lui, et une chemise noire, qui ne lui manquera pas, son armoire en est pleine. Je les porterai fièrement, à l'autre bout du monde, exerçant avec pugnacité mon sacerdoce. J'ai bien dormi, mais fait des rêves reflétant mes attentes actuelles. J'ai bien essayé de lire quelques pages du livre en cours, mais sans grand succès. Toujours "La course au mouton sauvage", de Murakami; je n'en serai venu à bout qu'aujourd'hui.

    Ce matin, malgré un réveil initialement prévu à huit heures trente mais précautionneusement reporté aux calendes grecques, je me suis levé de bonne heure, avant dix heures, pour retourner au consulat, histoire d'y cueillir mon visa. Une fois l'opération effectuée, je retournai en banlieue sud, pour aller déjeuner chez ma tante, en compagnie de ma cousine, ses deux bambines et ma sœur, toutes blondes, toutes frigorifiées, tandis que je déambulais en t-shirt dans le salon, vidant l'un après l'autre les plats fournis par la maîtresse de céans. Je force le trait, mais j'ai passé un bon moment.

    Vite, vite. Retour sur Paris, avec une demi-heure de retard, pour rejoindre le Sultan dans notre ultime quête, celle du billet d'avion nécessaire au voyage. Nous l'intitulerons, pour en dévoiler, subtilement et prématurément, la fin à ceux que la longueur de nos phrases découragera de lire plus avant, Opération Chou Blanc. Rien à moins de mille deux cents euros pour un billet aller et retour ouvert sur un an. Après trois heures de déambulations, seuls puis en compagnie de mon père, généreusement détaché pour la banque pour m'aider dans l'acquisition du précieux sésame, nous nous résolûmes à baisser les bras. Entre-temps, grâce à Piotr, toujours lui, l'espoir renaquit dans nos cœurs où, une fois rené, il sema les germes de lendemains meilleurs. Nous en saurons davantage demain mais, en substance, il faudra passer par Londres pour y acheter nos billets. Si j'ai bien compris. Tout se brouille dans ma tête. Il est temps d'aller dormir.

    Après l'opération Chou Blanc, j'ai accompagné mon père dans une supérette vietnamienne pour y acheter notre dîner. J'ai décommandé mes visites du soir pour regagner le domicile parental, que je ne tarderai pas à quitter, si la faveur des cieux sourit à mon karma. Hop. Dîner en famille, partie de scrabble avec ma mère, ensablement sur internet. Il n'est presque pas tard, et je n'ai presque pas sommeil.

    Programme: dormir. Lire un peu. Je suis sur "La grande à bouche molle", de Philippe Jaenada, commencé dans le train. Roman à la première personne, le personnage principal se prend pour l'auteur, mais est détective. Une lecture mécanique pour ne pas trop penser à l'avenir. Demain matin, dormir, tard si possible. Déjeuner en famille. Finir mes terrassements. Dans l'après-midi, voir mes grands-parents, puis filer sur Paris pour entamer ma tournée d'adieu. Adieu, adieu, mon bel oiseau. L'hiver ne sera plus jamais le même.







Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés