Vendredi 25 avril 2008
Vendredi vingt-cinq avril deux mille huit. Minuit dix-huit (heure française, dix-huit heures dix-huit). Depuis deux jours, je profite des examens de mi-trimestre auxquels sont soumis mes élèves, pour jouir d'un week-end anticipé. Première mise à profit du congé, le sommeil. Dormir à ne plus savoir pourquoi, onze à douze heures par jour. Du coup, le moral regrimpe en flèche.
Il fluctue beaucoup ces temps-ci, le moral. La mise en place d'une routine, la persistance d'une réticence à enseigner en milieu scolaire, le sentiment anti-français, réel ou ressenti, contribuent au mal-être. Il est certes léger. Mais parfois, les choses les plus ténues revêtent une importance inouïe, pour peu qu'on s'y attache outre-mesure. Présentement, réjouissons-nous-en, le moral est bon, le moral est grand, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
D'obscures chamailleries internationales sont peut-être à l'origine de la chose, toujours est-il qu'à l'heure actuelle, ni le Sultan ni moi-même n'avons pu obtenir de visa de travail. Le collègue missionné par le lycée, après avoir requis, puis reçu dans un délai très bref, des lettres de recommandation émises par nos anciens employeurs ou l'université d'où nous sommes issus, est revenu bredouille, l'administration préfectorale ayant prétexté que nos diplômes français (des licences) ne correspondaient pas au niveau Bachelor's Degree (ce qui est faux). Nous en saurons davantage demain.
Autre problème lié au manque de savoir-faire chinois, nos bicyclettes roulent mal. Les pédales, notamment, sont incapables de soutenir nos coups de mollet. Il nous a fallu, pour arracher à l'inertie ambiante, consulter trois réparateurs successifs avant de pouvoir quitter la ville et nous aventurer, pionniers de l'impossible, dans la campagne environnante. Deux heures à gambader sur des chemins de terre, entre rizières et collines boisées, au son des cigales, grillons, chiens de village et buffles d'eau.
Je joue au tennis de table deux ou trois fois par semaine. Sans être tout à fait bon, je commence à mieux jouer. L'important, on en conviendra, est avant tout de s'amuser, le reste étant une question de tempérament. J'ai découvert, la semaine passée, les joies du badminton, sport dont j'ignorais tout. Je compense, là encore, mon manque de technique par mes qualités athlétiques. Je cours partout et je bondis tel un cabri. L'univers est mon terrain de jeu.
Mon visa de tourisme prendra fin le vingt-huit mai. D'ici là, si le lycée ne trouve pas de solution, je prendrai mes clics et mes claques avant la fin du contrat, ayant empoché ma paie d'avril, et j'irai voir ailleurs si je m'y trouve. Canton n'est qu'à cinq heures de bus, Hong-Kong à peine plus, et Pékin, quoiqu'à l'autre bout du pays, ne saurait se trouver à plus de trente heures de train. Alternatives possibles, fuir au Japon (après obtention d'un visa de tourisme), repasser par la France. Tenter ma chance en Estonie? L'avenir est un champ de blé.
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