Samedi 24 mai 2008
Samedi vingt-quatre mai deux mille huit. Dix-sept heures vingt (heure française, onze heures vingt du matin). Les choses se précipitent quelque peu, de façon positive. Ce midi, après avoir fait une fois de plus réparer mon vélo par l'homme-poulpe stationné devant le lycée, le Sultan et moi-même avons trouvé le chemin de la gare, dans un coin reculé de la ville, où nous n'avions jusqu'alors jamais mis les pieds.
Le quartier entourant la gare est encore un quartier "à l'ancienne", regroupant dans une sorte de cité-dortoir une population importante, non loin des usines, pour minimiser le temps de transport. L'état de délabrement suggère qu'il est resté en marge du mouvement de modernisation qui souffle sur la Chine. Le quartier où nous résidons est en plein boum immobilier, les bâtiments poussent comme des champignons, et la physionomie du lieu peut parfois changer du tout au tout du jour au lendemain.
Autour de la gare, l'espace humain semble avoir conservé la structure imposée dans les années soixante par l'aménagement des populations. Cet âge glorieux de la Chine, qu'on voit souvent mentionner dans des films, n'a pas forcément bonne presse depuis une vingtaine d'années, et le gouvernement a eu tôt fait de critiquer la Révolution Culturelle et ses débordements. Ici, donc, l'habitat semble encore conserver la trace du passé proche. Mais pour combien de temps?
Malgré un ciel couvert et une pluie intermittente, j'ai récolté d'honnêtes coups de soleil sur les avant-bras, ainsi que sur les mains. Une casquette a heureusement sur me protéger le front. Comme la gare était fermée entre onze heures et quatorze heures trente, nous avons roulé dans les environs, avant d'opter pour une gargotte familiale. Déjeuner modeste, riz blanc à volonté, tofu à l'œuf, canard aux algues. De la bière chinoise pour arroser le tout.
Depuis quelques jours, le temps est résolument tourné vers l'été, avec des températures élevées mais vivables, une humidité tolérable et des précipitations modérées. Un temps idéal pour suer toute l'eau de mon corps, donc. Un temps idéal pour voyager. Notre train part dans un peu plus de cinq heures, vers vingt-deux heures quarante-cinq. Placement libre. Direction Shenzhen, sur le littoral sud de la Chine. Durée du trajet, six heures environ. Arrivée prévue vers cinq heures du matin. Prix du billet, cinquante-sept yuan.
Il va de soi que je n'aurai jamais mis les pieds si loin au Sud. De fait, la petite ville du Jiangxi où je réside présentement constitue actuellement le point le plus méridional de mes pérégrinations planétaires. Tout déplacement supplémentaire ne fera qu'accroître l'expansion de mes conquêtes. Si je ne m'abuse, peut-être serai-je même amené à franchir le Tropique du Cancer, une première dans ma vie de baroudeur en robe de chambre.
Objectif du voyage: renouveler mon visa de tourisme, pour prolonger d'un mois mon séjour, achevant ainsi mon contrat. Les classes de lundi n'auront pas l'heur de me voir parmi elles, l'administration responsable de l'opération n'ouvrant que le lundi matin. Mardi, si je suis rentré muni du précieux document, j'assurerai mes enseignements. Plus que trois semaines de cours à donner. Si tout se passe comme prévu, je disposerai même d'une dizaine de jours pour voir du pays, avant de retourner passer en France le reste de l'été. Date d'un retour possible, fin juin-début juillet.
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