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Mardi 3 novembre 2009
Mardi trois novembre dux mille neuf. Vingt-trois heures trente-huit. Reactivation temporaire de cette interface, l'actuelle etant temporairement (le temps d'un voyage en Chine) indisponible; ironie du sort: la raison meme pour laquelle j'avais fui le present herbergeur me contraint a present a y trainer, de nouveau, mes guetres, On ne se demandera pas pourquoi l'un mais pas l'autre, puis l'inverse, de deux sites analogues ont subi les foudres aveugles du cybercerbere chinois; on se contentera d'apprecier l'ironie, tout autant que lq possibilite de tartiner quelque part en ligne.

Je suis donc en Chine, de nouveau, presque neuf mois apres avoir qutte le pays pour rejoindre la France, Les circonstances ne sont plus les memes: je suis ici pour les vacances, repos, loisirs, changement d'air et degustation des specialites locales. Dans les faits, je dors, je mange et je voyage. Dans cet ordre, pour le moment, mais c'est un tierce qui peut varier.

Je me trouve presentement a Jingdezhen, capitale mondiale de la porcelaine, chez le Sultan, dans la chambre d'amis que le campus universitaire qui l'emploie a mis a sa disposition. Il a donc, comme moi, quitte Xinfeng, petite ville inconnue de l'extreme sud du Jiangxi, pour Jingdezhenm bourgade beaucoup plus grande situee au nord-est de la meme province, plus pres de Shanghai que de Canton (de peu). Je suis arrive il y a une soixantaine d'heures, Pour le moment, je n'ai vu qu'une partie du campus, la vieille ville de nuit, la gare, une ou deux banques, et mon lit. Je passe beaucoup de temps a dormir.

Ca ne me change guere de Pekin, ou j'ai passe quatre jours, essentiellement sur le canape des Grimm, qui m'ont gentiment accueilli, alors meme qu'un autre couple d'expat' (adepte du scrabble) y residait deja. J'ai egalement partage plusieurs bols de nouilles musulmanes avec Vertige, de nouveau en Chine pour plusieurs annees, je l'a meme accompagme chez Monsieur Meuble, ou il a pu s'acheter un sommier, un matelas et une chaise. J'ai fait oeuvre de gros bras en charriant l'ensemble au septieme etage, de concert avec le professionnel dont c'etait le metier.

Pour la premiere fois depuis que je suis en Chine, je detiens un telephone portable, emprunte a une cnnaissance de Vertige et muni d'une puce achetee a mes frais. Cela facilite mon interaction avec les hotes qui m'hebergent. Pour le reste, je ne m'en sers que fort peu, mais je n'ai depense que huit euros pour la puce et un mini-forfait, donc je m'en remettrai,

Pendant les vingt heures (en comptant l'escale a Londres) du vol aller, j'ai lu "A Most Wanted Man", de John Le Carre. Durant mon sejour a Pekin, j'ai regle son compte, durant une nuit d'insomnie, a "La Vie devant soi", de Romain Garry, alias Emile Ajar pour ce roman. Dans les vingt-quatre heures de train assis sur couchette molle depuis Pekin, j'ai abattu "The Magicians", de Lev Grossmann, de la fantasy de bonne facture. Actuellement en chantier, "La Pensee en Chine aujourd'hui", collectif dirige par Anne Cheng, et "Down and Out in the Magic Kingdom", de Cory Doctorow,

Programme: si la nuit blanche se confirme, lire et somnoler. Demain, aller visiter la fabrique de porcelaine, re-tenter ma chance au distributeur de la banque, me promener autour du lac, marcher plusieurs heures, faire du badminton, ne pas dormir plus que de raison des que je m'allonge. Manger, Boire de la biere. Trois jours plus tard, reprendre le train pour Pekin, ou il neige, vingt-quatre heures en couchette molle (propice au sommeil anarchique, a la lecture intermittente et aux palabres entre voisins de cabine), voir la Cite Interdite, passer une journee a la Grande Muraille sous la neige. Reprendre l'avion, dans huit jours, me voici deja a mi-parcours, ce que le temps passe.

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Lundi 23 février 2009

Lundi vingt-trois  février deux mille neuf. Onze heures cinquante-huit du matin, heure française (heure chinoise, allez savoir, de toute façon je n'y suis plus). La politique internautique de l'Empire du Milieu m'ayant mis des bâtons dans les roues, j'ai été contraint, tant que j'habitais leur beau pays, de changer d'hébergeur pour mes aventures autobiographiques. Le lecteur perspicace en aura, depuis belle lurette, débusqué la trace dans une note en bas du précédent article. Pour tous les autres, qu'ils me pardonnent ce long silence, qui n'en était pas tout à fait un, en allant voir sur http://lemondesansschopenhauer.blogspot.com/ si j'y suis (de fait, j'y suis, et ce, depuis bientôt trois mois).

J'envisage de délaisser durablement la présente adresse, l'interface est laide, et le concierge a profité de mon absence pour défigurer mes pages par l'adjonction, non sollicitée, de disgracieux encarts publicitaires. Pour la peine, je boude. La suite de mes exploits de salon se trouve à l'adresse donnée ci-dessus. Ils couvrent la période du premier décembre deux mille huit au jour présent, voire au-delà (je ne vois pas l'avenir, donc je ne peux rien garantir, mais la loi des ensembles voudrait que je poursuivisse l'entreprise).

Je ne dresserai pas ici le bilan de mes deux ou trois années passées sur Overblog. Le site est, dans l'ensemble, d'une grande laideur. Voilà pour les points positifs. Je ne regrette rien, sinon l'imbécilité du Great Firewall of China, of which more some other day. Les dernières lignes que j'écrirai jamais à la présente adresse semblent tourner au bilinguisme de bas étage. Je ne sombrerai pas plus bas en y mêlant ma polyglotie de cuisine. Que le lecteur courageux me suive sur la nouvelle plateforme (il a trois mois de retard sur le fil de mes jours, pas autant que moi, mais pas loin). Que le lecteur timoré fasse ce que bon lui semble, mais qu'il soit remercié d'avoir traîné ses guêtres virtuelles sur mes plates-bandes. Aloha.

 

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Mardi 11 novembre 2008

    Mardi onze novembre deux mille huit. Dix heures cinquante du matin (heure française, trois heures trente du même matin; je sais, c'est très tôt, mais le décalage horaire n'épargne personne. C'est une question de fuseaux.). Depuis une semaine, je souffre d'un méchant rhume, conséquence, nul doute, de mon escapade à Nanchang, nuitamment et au mépris des courants d'air.

    Toujours depuis une semaine,je suis en vacances, circonstances idéales pour cracher ses poumons, grelotter de froid sous la couette, n'aller surtout pas voir le docteur et se demander si c'est la grippe. J'en profite pour me reposer, faire du sport à outrance et lire quand j'en ai le temps.

    Depuis hier et jusqu'à demain, les élèves du lycée s'affrontent sur la piste du stade à l'occasion de "rencontres sportive", exclusivement athlétiques, organisées par l'école. J'éprouve une certaine condescendance à considérer que j'étais plus rapide, à leur âge et sur mes distances de prédilection, que le plus rapide d'entre eux. Demain, je pourrai leur montrer que l'âge, le manque d'entraînement et la maladie ne peuvent rien contre jeunesse, vigueur et exercice régulier. Je me suis inscrit pour le trois mille mètres, distance que je cours tous les jours, mais que je n'ai jamais parcourue en compétition.

    Programme de la journée: me nourrir d'oranges et de cacahuètes. Lire de mauvais romans de vampires pour adolescents. Hésiter à commencer un bon bouquin, me rabattre sur des pièces de théâtre anglaises d'il y a quatre siècles. Le midi, voir le Sultan, peut-être un film. Faire la sieste. Dormir. Longtemps.


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Mardi 4 novembre 2008

    Mardi quatre novembre deux mille huit. Vingt-trois heures cinquante-quatre (heure française, seize heures cinquante-quatre). Ma fatigue atteint des sommets rarement franchis. Nous sommes dans les hautes strates des plus massives chaînes de montagnes dressées vers le froid éternel de l'espace interplanétaire. Le pays qui m'emploie se targue de posséder le plus haut sommet du monde (qu'il partage avec son voisin plus petit, de l'autre côté du Séjour des Neiges). La fatigue accepte ce partage, et contemple l'abysse en retour.


    Je rentre d'un périple d'une trentaine d'heures loin de mon foyer. Enfin, j'en rentre; disons qu'au retour de ladite virée, j'ai dormi trois heures sur un coin de matelas avant d'enchaîner, telles des captives numides dans les appartements du Pharaon de la Haute-Egypte, une pleine journée de travail (six heures de cours plus une, le tout sous la pluie, car il pleut). Enfin, foyer; tout au plus, domicile.


    Vendredi dernier, déjà, le superviseur qui gère mes activités au sein de l'école, Larry-les-gros-bobards (également surnommé Larry-les-bras-cassés, du fait de son sens de l'organisation), nous avait dépêchés, le Sultan et moi-même, dans une chasse à l'oie sauvage (expression littéralement traduite de l'anglais) vers la grand-ville voisine, pourvue, puis dépourvue, d'un hôpital spécialisé dans les checkups d'étrangers travailleurs. Mais j'ai sans doute déjà mentionné l'incident.


    Minuit onze. Notre courageux héros, terrassé par la fatigue et exaspéré par les soucis techniques qui l'empêchent de rendre compte avec fluidité de ses aventures plates, décide de couper court au récit de voyage. Il en reprendra le fil demain, si la tapisserie cosmique et les fusibles interstitiels ne se liguent pas pour l'en priver.


    Mercredi cinq novembre deux mille huit. Huit heures cinquante-sept du matin (heure française, une heure cinquante-sept du même matin). Après une courte nuit de repos total, je m'apprête à passer une semaine de congé. Les examens de mi-semestre seront suivis des rencontres sportives du lycée. En substance, sept jours sans cours pour le personnel enseignant. Sept jours de glande statique, mon passeport ayant été confisqué par le superviseur, avec mon accord, le temps d'une mission top-secret dans la capitale provinciale.


    La capitale provinciale du Jiangxi, Nanchang, j'en reviens justement. J'y ai passé une douzaine d'heures, entre une visite médicale expédiée (avec mon tout premier électro-cardiogramme, une prise de sang experte et les stands de foire habituels), une errance semi-comateuse dans les rues de la vieille ville (ai déjeuné de nouilles excellentes pour quinze centimes d'euro), puis une lente dérive le long des artères commerçantes, en quête d'une pagode que jamais je n'atteignis. Au terme de notre décrochage nord-sud, le Sultan et moi-même avons atterri dans un jardin public attenant au zoo municipal, le temps d'une sieste maussade sur un banc moins mouillé que ses collègues.


    J'ai tout de même profité de mon passage à Nanchang pour acheter quelques livres (un exemplaire massif, tout en anglais, de "Gone with the Wind", et une anthologie unilingue de la poésie sous les Tang), une raquette de badminton de compétition et des beignets aux pommes de terre. Le Sultan a pu se fournir en spray anti-puces pour son chien, ainsi qu'en divers accessoires pour le même animal. Et en livres illustrés pour enfant. L'avantage des grandes villes.


    Mais pour revenir en arrière de quelques heures, considérons les circonstances ayant amené notre départ précipité pour Nanchang. Vers seize heures, dimanche deux novembre, ayant besoin d'évacuer une certaine tension nerveuse, je décidai d'aller courir, comme je le fais en moyenne un jour sur deux, autour du stade improvisé mis à disposition par le lycée. Courir avant cinq heures est synonyme de meilleures conditions respiratoires, les élèves n'ayant pas eu le temps de convertir en un massif nuage de poussière la fine terre battue qui saupoudre la piste.


    Cette fois-ci, je me suis fixé un objectif (vingt tours de stade, soit huit kilomètres de course à pied), que je suis parvenu à tenir, malgré quelques douleurs musculaires et des raideurs dans les tendons sur la fin. Après quelques échanges avec des élèves sur les tables de ping-pong en pierre exposées au soleil, à la pluie et au vent du nord, je regagnai mon domicile, bien décidé à prendre une douche et me reposer deux heures durant, en attendant de prendre le bus pour Ganzhou, la grand-ville la plus proche (septante-cinq kilomètres).


    Mais les événements s'enchaînent plus vite que de raison, et une fois passés un ou deux coups de fil, notre héros constate qu'il n'aura le temps que de faire son sac, sans prendre de douche, avant de prendre place sur le fougueux destrier l'attendant en bas de l'immeuble, à trois sur la selle, pour filer vers la gare routière, où l'ultime bus de la journée, aperçu par hasard au cours d'une promenade du Sultan, attend que nous daignions nous pointer pour mettre le cap vers le terminus. Hop. Mal aux jambes.


    Deux heures de bus, vide mais assis. Notre protagoniste, passablement fatigué par ses huit bornes de course effreinée, a mal aux guiboles. Débarqués à Ganzhou, le Sultan et moi-même nous mettons en quête d'un photomaton (il est vingt heures du matin), que nous trouvons non loin de l'échoppe qui nous alimentera, en attendant le train. Vingt-trois heures vingt, le ventre lesté de spécialités locales et de bière du terroir, nous prenons place à bord de l'express nocturne, places assises sans réservation, à destination de Nanchang la belle, perle de la vallée de la Gan, ancien berceau de tout un tas de trucs historiques qu'il faudra que je vérifie avant d'en parler.


    Les Chinois ne sont pas grands, dans l'ensemble. Leurs trains non plus ne sont pas calibrés pour des jambes trop longues, et les miennes ont beaucoup souffert, ankylosées dans leur étroit réduit, six heures durant, tandis que notre moyen de transport traversait, dans la nuit insondable et trop courte, les plaines du Jiangxi. Malgré quelques assoupissements propices aux douleurs dans le cou, je n'ai guère dormi. Un peu de lecture hagarde (toujours "A Prayer for Owen Meany"), ponctuée de dodelinements et bercée par les palabres ininterrompus de mes voisins de wagon, et nous arrivons, sur le coup des quatre heures quarante-six du matin, en gare de Nanchang, sous la pluie, puisque les lourds nuages se sont ouverts, le dimanche soir, tandis que nous consommions notre velouté d'asperges Thermidor sous la treille.


    En débarquant matin, cette ville inconnue, tentaculaire comme elles le sont toutes en Chine, nous ouvrant ses noires allées vierges de toute entreprise humaine, nous savons qu'il nous faudra tuer le temps, avant que n'ouvrent les portes du centre de contrôle sanitaire pour voyageurs internationaux (j'en pourrais faire un sigle, mais j'ai la flemme). Plutôt que de dilapider nos quelques sous en taxi, nous optons pour la marche à pied, sous la pluie battante, le long des ruelles sordides qu'empruntent abondamment les véhicules de tout plumage qui ont fait du lieu leur terrain de jeu. Les Chinois ne sachant pas faire de trottoirs solides, nous enjambons les débris de plusieurs générations de gravats, soucieux de notre destination, avant de constater qu'ayant mal lu le plan de ville acheté dans une boutique près de la gare ferroviaire, nous avons cheminé dans la mauvaise direction.


    Vers sept heures moins le quart, nous trouvons le bon bâtiment, qui n'ouvre ses portes qu'à huit heures. Dans le petit jour, nos aventuriers poursuivent leur lent piétinement dans le quartier. Il pleut, la ville est comme couverte d'un suaire, d'une chappe de plomb ou d'un sombrero deux places. Métaphore à revoir. La fatigue s'ajoute à la fatigue, mes jambes ne me portent plus, et nous finissons par attendre sur les marches qu'ouvrent les portes du centre de soins.


    Les prêtres de Mithra nous accueillent dans leur temple vers huit heures du matin. Formulaires à remplir, séance de photographie sous le crépitement des néons, long interrogatoire dans les sous-sols du temple pour vérifier nos connaissances en zoologie sous-marine. Contrôle des cœurs, poumons, tailles, poids, systèmes circulatoires, systèmes urinaires, appendices globuleux spécialisés dans la transmission de signaux visuels décodés subséquemment par le bloc de gelée organique planqué derrière les nerfs optiques. La totale. Vers neuf heures trente, nos hommes peuvent quitter les lieux et, toujours sous la pluie, opter pour une étape de plus à leur lent tapinage.


    S'ensuivent six heures de péripéties vagues, je me souviens surtout que j'avais mal aux pieds, sommeil et un peu froid. Faim aussi, mais pas pour longtemps. En substance, nous avons marché, poireauté dans des squares et dès que j'avais faim, ou mal au ventre, nous allions consommer quelque chose de solide dans les tripots locaux. Vers seize heures, nous sommes retournés au centre de soins pour y attendre les résultats, après un double crochet-uppercut au foie par la gare pour nous procurer les billets du retour.


    Collecte des résultats (forfait ordinaire majoré du supplément pour livraison express en moins de trois jours), marathon vers la gare, prise de position à bord du Baltimore-Sacramento, lente anabase (cathabase? Maudits souvenirs de cours de grec en troisième, trop imprécis!) vers notre lopin de terre. Cinq ou six heures de train plus tard, nous redébarquons à Ganzhou. Je n'ai toujours pas dormi depuis dimanche matin, nous sommes lundi soir, bientôt minuit, mangeons des nouilles et tout ira bien.


    Une heure du matin. Nous attrapons notre correspondance ferroviaire. Rien de notable, sinon la mauvaise volonté de certains voyageurs à se lever des banquettes où ils sont vautrés pour laisser s'asseoir des passagers fourbus par trente heures de route et de piétinements. Deux heures du matin, nous descendons en gare de Xinfeng, moto-taxi sous la pluie, retour au pays. Trois heures du matin, immersion sous la couette.


    Mardi quatre novembre, trois heures plus tard. Fanfare municipale, égorgements des bœufs dans l'abattoir voisin, étranglement des coqs enroués du quartier, cours de piano chez la voisine, vocalises de la vendeuse de beignets, engueulade chez le couple du sixième, stage pratique de signaux de fumée au poëlle à charbon dans la cour de l'immeuble, finale du grand tournoi de mah-jong organisé par l'amicale des retraités de l'appartement du dessous. Notre héros décide qu'il est temps de se lever, après tout l'univers en sait plus long que nous sur la pertinence du sommeil ou du non-sommeil en zone urbaine. Surtout qu'il faut aller bosser.


    La journée d'hier fut menée au périscope, au sonar, comme on a pu. Six heures de cours, plus une heure de club de conversation sous la pluie. Quelques bouts de sieste sur un rebord d'accoudoir. Beaucoup de fatigue. Beaucoup de plaisir. Mal aux jambes, au dos, nuque endolorie. Pas de sport. La nuit tombe, il pleut toujours. Notre héros souffle un peu. Une semaine de vacances, je ne vais pas cracher dessus.


    Hier soir, j'ai constaté une recrudescence de cafards morts jonchant mon plancher (qu'il faudra que je me force à nettoyer, pourquoi pas après avoir, un de ces jours prochains, acheté un balai à taille humaine, à défaut de l'aspirateur, que les Chinois ne connaissent pas, auquel je rêve à chaque fois que je dois faire le ménage). C'est la saison qui joue, la baisse des températures (le matin, elles descendent parfois jusqu'à quinze, les élèves frigorifiés sous leurs vestes de laine me regardent comme si je débarquais d'une autre planète, quand je passe en short et T-shirt).


    Petite anecdote sur ma journée d'hier, avant que le souvenir ne s'en estompe. Hier soir, vers vingt heures par exemple, le téléphone sonne. Je décroche. Une voix inconnue m'interpelle, en chinois, et me demande des choses que j'identifie mal. Après quelques échanges laborieux, il s'avère que ce parent d'élève pensait tomber, en m'appelant, sur l'assistante sociale du lycée. Je parviens à lui expliquer que je suis un particulier, embauché par l'école pour enseigner l'anglais, que je parle très mal le chinois et que le numéro qu'il a composé est celui de mon domicile personnel. Le tout en moins de quatre minutes.


    Programme de la journée: aller me recoucher. Constater qu'il ne pleut plus. Ne pas mettre le nez dehors avant un bon moment. Finir le roman en cours, achever la pièce de théâtre élizabéthenne entamée l'autre jour. Me recoucher. Faire la sieste. Pas de sport aujourd'hui, les tendons doivent se reposer. La rhino-bronchite du moment attaque le pharynx. Ce soir, sortir manger du poulet. Dormir longtemps, dormir bien. Lire. Repos complet jusqu'à jeudi. Après, il sera bien temps de reprendre le sport, j'ai un marathon à préparer avant l'été.

 

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Samedi 1 novembre 2008

    Samedi premier novembre deux mille huit. Neuf heures trente-deux du matin (heure française, deux heures trente-deux du même matin, qui se fait tout petit grâce au changement d'heure). Depuis dix jours, ma fatigue n'a fait que croître, les températures ont amorcé un net déclin (parfois quinze le matin) malgré des pointes autour de trente (ici, le soleil ne fait pas semblant, quand il sort de la brume ambiante), et puis. J'ai pris un an.

    Pour mes trente-et-un ans, le jour même, rien ne s'est passé. J'ai mangé des nouilles et un œuf, comme le veut la tradition chinoise. Les élèves m'ont massivement souhaité un bon anniversaire, et je les ai saoûlés d'informations sans importance (c'est ma spécialité, je suis un prof chiant comme la mort). Quelques-uns m'ont offert des grues en papier, une petite musique de nuit, un chat en porcelaine et des bonbons. Je suis un vieillard comblé (de leur point de vue, je ne suis plus tout jeune, alors que du mien, j'ai dix ans).

    Le samedi soir, j'ai marqué le coup par une sortie au karaoké, en compagnie d'une dizaine de jeunes femmes, et du Sultan. Nous avons donc chanté, à nous en époumonner, mangé un gâteau couvert de crème, et reçu, pour ma part, en cadeau, quatre tasses et deux livres. Retour vers minuit, les invitées d'un soir s'étant précédemment eclipsées (c'étaient, pour la plupart, des stagiaires venues de la grand'ville voisine pour se faire les dents, quarante jours durant, sur le dur métier d'enseignant).

    Cette semaine, mon cours tournait autour de Halloween, la Toussaint, Dracula et des exercices de phonétique. Je soupçonne la phonétique d'être plus effrayante que le reste. J'ai joué au vampire chinois, bondissant dans mes chaussures plates et recevant sur le front les talismans sur papier jaune brandis par les taoïstes surgis pour la circonstance des rangs d'oignons. Pour la peine, je me suis bien amusé, et j'espère que les élèves, à une semaine de leurs examens de mi-semestre, auront pu rigoler aussi.

    Hier, j'ai séché mes cours, à la demande du lycée, qui voulait m'envoyer sur la grand'ville voisine y subir une visite médicale, celle d'il y a six mois étant périmée. Pour nous guider dans notre quête, une des stagiaires sus-nommées, malade en bus et dotée d'un sens de l'orientation douteux, nous accompagnait dans le car faisant route, matitunalement, vers ladite ville. Une fois sur place, ayant appelé le numéro fourni par notre superviseur, nous avons constaté que, l'hôpital ayant déménagé sans prévenir, nous allions devoir reporter notre démarche à lundi et la décaler de cinq cents bornes, vers la capitale provinciale.

    Du coup, j'ai pu visiter la ville, dans un demi-sommeil jugulé par quelques siestes impromptues dans les transports en commun. J'ai arpenté les allées d'un grand supermarché à la recherche (vaine) d'un hypothétique bout de fromage, acheté un auto-cuiseur option gâteau pour le Sultan, qui s'est aussi fendu de quelques roubles pour acheter un chien. Un chiot tout mignon. Nous avons mangé des nouilles, déambulé sur un campus local (grand, bien aménagé, de quoi souhaiter avoir fait ses études dans un pays prenant la chose au sérieux) et repris le bus.

    Prochaine étape: demain soir, train de nuit, six heures assis sur une banquette en bois massif, s'il reste des places. Lundi matin vers quatre heures quarante-six, débarquer à Nanchang, poireauter quatre heures que l'hôpital ouvre, sans prendre de petit déj because prise de sang. Mais nous en reparlerons dans un prochain épisode.

    Programme de la journée: me recoucher. Car il est tôt, je suis en week-end et je pressens une nuit blanche à dompter les rails. Dans la journée, croiser le Sultan. Voir si son chien supporte son nouveau domicile, manger quelque chose en sa compagnie ou seul. Faire du sport. Je cours environ trois mille mètres tous les jours (je m'entraîne pour un meeting sportif la semaine prochaine), et j'ai encore trois matches de badminton à disputer avant d'être proclamé grand perdant du tournoi.

    Lire. Toujours sur "A Prayer for Owen Meany", que je ne désespère pas de terminer avant de prendre le train. Dans l'intervalle, j'ai lu deux courts romans en ligne de Walter Jon Williams, "The Green Leopard Plague" et "The Tang Dynasty Underwater Pyramid", commencé "The Lion, the Witch and the Wardrobe", de C.S. Lewis, premier volume des Chroniques de Narnia, et achevé "Cat's Cradle", de Kurt Vonnegut, qui traînait depuis un moment.

 

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Mardi 21 octobre 2008

    Mardi vingt-et-un octobre deux mille huit. Vingt-et-une heures quatre (heure française, quinze heures quatre). Aujourd'hui, j'ai marqué une pause dans mon entraînement de forcené pour atteindre la perfection dans les plus brefs délais. La fatigue y est pour beaucoup. Pas de course à pied, donc, ni de badminton, du moins jusqu'à demain. J'ai trop d'heures de sommeil à rattraper, et les courbatures d'avant-hier n'ont pas encore laissé la place aux muscles ankylosés d'hier. Marquons donc une pause dans notre course à la lune.

    Les Chinois, on l'aura compris en subissant cet été les vingt-neuvièmes olympiades modernes tenues en la ville de Pékin, ont le culte de l'hygiène corporelle, du physique au service de l'exploit, de la mise au pas de l'individu sur la collectivité. C'est surtout l'impression qui marque durablement ma rétine ici, dans le lycée de campagne où j'exerce mon sacerdoce: du soir au matin, les élèves n'interrompent que six petites heures leurs efforts pour devenir les athlètes médaillés de demain.

    Nuançons mon propos. L'école comporte quelque chose comme quinze paniers de basket, une dizaine de tables de ping-pong, un gymnase couvert entièrement consacré au badminton, une sorte de stade primitif sans gradin ni revêtement, piste de course entourant une pelouse maussaude équipée de cages vouées au ballon rond, et deux terrains de volley-ball pour faire bonne mesure. Certains tarés se lèvent à cinq heures du matin pour exercer leur passion du basket-ball et emmerder les profs étrangers qui aimeraient bien dormir.

    En classe, citer le nom de Yao Ming, super-star du basket évoluant dans la prestigieuse division d'honneur américaine, est un moyen certain de raviver l'attention des éléments les plus distraits. Cédant au milieu, notre professeur étranger est allé jusqu'à se fendre de quelques kopecks pour s'affubler d'un t-shirt à l'effigie du héros local. Succès total, sa cote de popularité a remonté en flèche après l'acquisition dudit article vestimentaire.

    N'écoutant que les sirènes de la renommée, notre héros, expatrié depuis six gros mois (moins juillet-août passés en France auprès des siens), s'est décidé à poursuivre à son tour la chimère de la culture physique. Plusieurs objectifs: perdre les kilos en trop pour se sentir mieux et cesser d'être l'objet des quolibets des élèves (les adolescents sont décidément les mêmes partout); se faire plaisir en retrouvant les sensations d'une jeunesse enfouie, en foulant la terre battue du stade pour défier le chronomètre et la douleur dans ses mollets; découvrir un sport inconnu, le badminton, et tenter d'y prendre son pied (notre héros manque de souplesse). D'autres objectifs encore, mais j'ai franchement la flemme de creuser mon inconscient à la recherche de mes motifs profonds.

    Autre avantage du sport à outrance, après une dure journée de travail passée à faire le clown devant les mioches, accumuler suffisamment de fatigue continue pour pouvoir, le soir, m'écrouler assez tôt (mettons, avant minuit, plutôt que vers trois heures). Mon psychanalyste-escrimeur de la préhistoire (olé!) n'avait pas tort lorsqu'il analysait pour causes fondamentales de ma débâcle de mai dernier, le manque de sommeil, la fatigue, la lassitude et l'éloignement du pays natal. J'abonde en son sens. Vivent l'épuisement total de mes forces vives, mon buste sculptural et mes chevilles en carton.

    Je ne déchante pas, mais force m'est de constater qu'au seuil de mes trente-et-un ans, pris en tenaille par les sportifs du matin, un emploi du temps merdique et une chaleur écrasante (trente-deux degrés cet après-midi, alors même qu'il a plu ce matin; Winter is coming, oui, mais quand?), quatre heures de sommeil, plus une ou deux siestounes sur un canapé trop petit entre deux cours mal agencés, ne suffisent pas à me maintenir en forme. Il faut donc faire un choix entre réduire ma dépense physique, me coucher tôt, redevenir le paria que j'étais autrefois.

    Problème supplémentaire, que je pressens déjà, cessation du sport, même momentanée, sera synonyme d'insomnie. Mais comme mon dos me tiraille, que mes jambes me lancent et que ma tête dodeline au sommet de mon long cou, j'imagine que je ne trouverai pas le sommeil si difficilement que cela. Nouveau compagnon de mes rares moments de repos, "A Prayer for Owen Meany", de John Irving, que j'ai commencé ce matin sur un coin de canapé sale avant de tomber dans l'oubli. Rien à dire sur le début, j'espère juste que la religion ne demeurera pas un des thèmes dominants de l'œuvre.

    Programme de la soirée: ne pas prolonger plus que nécessaire ma veille devant l'écran. Aller m'allonger, mon échine ne s'en trouvera pas plus mal. Lire, une durée indéterminée, moins de cinq heures j'espère. Demain matin vers dix heures, j'aurai franchi la barre symbolique des treize heures de cours dans la semaine, marquant la moitié de mon engagement hebdomadaire. Dormir durant les trois pauses émaillant ma journée de travail. Faire croire aux masses apprenantes que je sais de quoi je parle. Prendre part au tournoi de badminton organisé par les collègues, me prendre une grosse gamelle face au champion du lycée, partir en pleurant. Pas de répit pour les braves, pas de pitié pour les gros nazes venus défier les cadres du Parti au maniement du volant à plumes.

 

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Lundi 20 octobre 2008

    Lundi vingt octobre deux mille huit. Vingt-deux heures (heure française, seize heures). Les Chinois ont un téléfilm sur la vie de Bruce Lee. J'en ai vu un épisode pendant que je mangeais du poulet chez le marchand de soupe. Il fait aussi des raviolis (pas Bruce Lee, le marchand de soupe), que j'ai consommés dans la foulée. La boutique des vendeurs de soupe se trouve à une petite demi-heure à pied de chez moi. J'y vais parfois. Je me force à marcher, il paraît que c'est bon pour le corps.

    J'ai mal partout. Trop de badminton, diagnostique mon avant-bras droit. Mon dos, meurtri au niveau des omoplates, n'en disconvient pas. Pour éviter une surenchère de fatigue mal encaissée, j'ai renoncé, ce soir, à courir mes trois kilomètres quotidiens dans l'arène de terre battue qui entoure le terrain de foot couvert de taupinières. Quand je cours sur la piste, j'ai l'impression d'être dans "Les Chariots de feu".

    Mes cours de la journée ont été, pour le moins, poussifs. Pour la journée la plus facile, et généralement la plus agréable de ma semaine de travail, cela ne laisse rien présager de bon pour la suite. En rentrant de cours ce midi, j'ai croisé mon superviseur, qui m'a fait savoir que je devais changer des choses dans mes cours. Il va de soi que je ne lui ai rien répondu, mais qu'il est hors de question que je m'y remette (en question). J'ai entamé ce matin ma septième semaine de cours. Je suis aussi vide que la tête de François [censuré].

    Les batteries sont à plat. Je suis en Chine depuis cinquante-six jours, soit très exactement huit semaines. Il me reste cent vingt-trois jours avant de décoller de l'aéroport international de Hong-Kong, pour Zürich, puis Paris. Le moral demeure cependant bon. J'aurais juste besoin de me reposer deux à trois semaines, loin du bruit, de la fureur et des joueurs de basket insomniaques du matin. Je les hais d'une force.

    Le Sultan, qui est mon voisin, collègue et ami de longue date, passe un mois d'octobre merveilleux. Si tout va bien, la bague qu'il porte au doigt prendra toute sa signification dans les semaines à venir. Conséquemment, je le vois moins, et passe seul bien des soirées que j'eusse pu consacrer à dormir, sur son canapé, devant des épisodes de Star Trek. Je me contente donc de zoner devant mon écran, répondant aux vingt-deux mille questions du Never-ending Book Quiz (je suis actuellement onzième, on m'a fauché la dixième place ce matin, quand j'avais le dos tourné; mais je ne désespère pas de me qualifier pour les Masters de Shanghaï).

    Ce matin, j'ai expliqué à mes élèves les règles du cricket, que je ne connais pas moi-même; je ne suis pas sûr qu'ils aient compris. La semaine dernière, j'ai répété vingt-six fois mon laïus sur Christophe Colomb. Cette semaine, je sèche. J'ai abordé aujourd'hui, en vrac, Victor Hugo, l'Ile de Pâques, la crise économique mondiale du moment, les Jeux Olympiques, les loyers à Pékin et le synopsis des pièces de Shakespeare ("Everybody dies"). Pour demain, je ne sais pas encore ce que je pourrai bien leur pondre.

    L'effet nouveauté s'est quelque peu estompé. Au lieu d'un bel étranger drôle, ils n'ont plus en face d'eux qu'un con de prof, qui en plus ne les note pas, et les empêche de dormir en classe (alors que se lever à quatre heures du matin pour jouer au basket, ça fatigue). Eh oui, mes cocos. Retour à la réalité. Vous connaissez Hallowe'en? Non? Si? Eh bien, qu'à cela ne tienne, je vais vous en parler pendant vingt-cinq minutes.

    Programme de la soirée: quitter ce poste informatique où je me complais dans ma boue. M'aller coucher, les quatre-vingts dernières pages du livre en cours, sous le coude. Dormir, ou ne pas dormir, dans l'heure qui suit. Mon état de fatigue générale opterait plutôt pour un sommeil profond. Dans un peu moins de dix heures, on m'attend sur le champ de tir, avec un cours béton. 'Vais leur parler de Mère Thérésa et du complot franc-maçonnique dans l'inconscient paranoïaque des conservateurs anti-colorants, tiens. Ca leur fera les pieds.

 


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Dimanche 19 octobre 2008

    Dimanche dix-neuf octobre deux mille huit. Vingt heures trente-six (heure française, quatorze heures trente-six). Il n'y a plus de poules au lycée: la direction a décidé que les volailles, laborieusement entretenues par une de mes voisines, n'avaient pas leur place dans un établissement scolaire. Le canard sans ailes, qui grossissait à vue d'œil et batifolait dans les rares flaques d'eau de cette fin d'été torride, a lui aussi disparu. Je vis dans un lycée sans plumes.

    La semaine dernière, le tas d'ordures accumulé en plein air, depuis deux ou trois semaines, devant les toilettes des filles, a été brûlé. La combustion du monceau d'immondices a duré toute la nuit. La fumée s'est infiltrée partout, rendant mon sommeil difficile. Cette semaine, ils ont remis en place la benne à ordures qu'ils avaient fait disparaître. Peut-être les poules reviendront-elles à leur tour.

    La semaine dernière, le gardien de l'école m'a proposé d'acheter une jeep. N'ayant pas mon permis de conduire, j'ai dû décliner son offre. J'ai un vélo, qui me suffirait pour me déplacer, s'il était en état de marche. Mais le pneu avant est crevé, et les pédales se dérèglent tous les deux kilomètres. Les Chinois ne savent pas fabriquer de véhicules qui tiennent la route.

    J'ai mal au bras droit. D'après les spécialistes que j'ai consultés par la pensée, il s'agirait d'un excès de badminton. Ce soir, j'ai couru près de trois kilomètres d'une traite, assez prestement. Je suis en pleine forme. La nuit dernière, je me suis levé pour aller vomir les deux litres de jus d'orange que j'avais ingurgités la nuit précédente. Ce soir, je me coucherai tôt.

    J'écoute une intégrale des Rolling Stones mystérieusement apparue sur mon ordinateur. C'est fou ce qu'à l'époque, les mêmes chansons apparaissaient sur maint album. Sans doute à cause du format de publication, quarante-cinq tours plutôt qu'albums complets, qui n'étaient, finalement, que des compilations de simples édités séparément. Chaque pays sortait ses propres compilations, d'où une certaine redondance dans le track-listing des premiers albums.

    Je n'ai guère quitté le lycée depuis quatre ou cinq jours, sinon pour aller à la supérette en vis-à-vis, acheter du lait, des kakis, une serviette de toilette et des capsules anti-moustiques. Demain, je tâcherai d'aller dîner en ville. Le week-end prochain, ou le mois d'après, j'essaierai d'aller passer une journée dans la grand'ville voisine. Il faut que je me bouge un peu, que diable. Je me fais vieux, paraît-il.

    Je lis, je dors, j'ingurgite et je régurgite à l'occasion. Vingt-six heures de cours par semaine m'épuisent. Les élèves sont gentils, mais me sollicitent beaucoup. Les moustiques se tiennent tranquilles, ce sont désormais les cafards qui m'agacent. Et les moucherons suicidaires qui viennent percuter mes fenêtres et mourir sur mon parquet.

    La chaleur persiste. Vingt degrés la nuit, trente en journée. Le matin, basketteurs et radiomanes conjuguent leurs passions pour m'ôter le repos. La routine s'est installée. Je ne suis pas contre, le temps passe vite, et j'ai bon espoir de mener une existence régulée durant les quatre mois qu'il me reste à passer ici. Je prends du bon temps, mais je n'y reviendrai pas pour tout l'or du monde.

    Après avoir lu "The Valley of Horses", second roman préhistorique de Jean M. Auel, je me suis attaqué à Dashiel Hammett et son "The Thin Man", de toute beauté. J'achève actuellement "The Hight Lord", ultime tome de la "Black Magician Trilogy" de Trudi Canavan. De la fantasy convenue, mais bien exécutée. Le suspense m'a forcé à finir la trilogie au plus vite. Je suis curieux de connaître la fin.

    Programme de la soirée: traîner sur l'ordinateur, mais pas trop tard. Me coucher tôt pour compenser la mauvaise nuit d'hier. Demain matin, trouver quelque chose à dire en classe. Faire cours. Ne pas tomber malade. Dormir le midi. Le soir, un peu de badminton, mais pas trop. Il ne manquerait plus que je sois blessé pour les Jeux Olympiques.

 

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Mercredi 8 octobre 2008

    Mercredi huit octobre deux mille huit. Vingt-deux heures trente-deux (heure française, seize heures trente-deux). Titre trompeur, encore que. Aujourd'hui, il faisait vingt-neuf degrés. Pour demain, la météo prévoit trente-et-un degrés. La nuit, il fait plus frais (vingt degrés). Bref, après deux jours de pluie continue, le soleil est de retour, hélas. A quand un véritable automne?

    D'après mes sources locales, le printemps et l'automne durent très peu de temps en ces contrées. L'hiver surviendra donc brutalement, tout comme l'été nous était tombé dessus, à l'improviste, au mois d'avril. J'ai le vague souvenir d'avoir eu froid, en mars dernier, mais après six mois de chaleur ininterrompue, les détails se sont estompés.

    J'ai repris mes lectures, les provisions semblant suffisantes pour tenir un bon moment. En chantier ces dernières semaines, le second volume des aventures préhistoriques des "Enfants de la Terre" ("Earth's Children") de l'Américaine Jean M. Auel, "The Valley of Horses". Dans le prolongement du précédent, rien de bien follichon. Les scènes érotiques sont trop longues. Mais j'ai passé un bon moment, et le troisième tome fait partie de mes vivres stockés.

    Entamé depuis hier, et en bonne voie pour se voir achever avant la fin de la semaine, "The Novice", second volume de la "Black Magician Trilogy" de l'Australienne Trudi Canavan. La suite de "The Guild of Magicians". Luttes sociales, complots internationaux, menace magique, le tout sur fond d'une école de magie. L'héroïne est une jeune femme. Mon prochain roman aura pour protagoniste un biker à moustache.

    Toujours en cours, à reprendre quand j'aurai achevé de répondre au "Never-ending book quiz", "Cat's Cradle" de Kurt Vonnegut. Lecture en ligne, contrariée par des problèmes de connexion au site hébergeur. J'étais sûr d'avoir embarqué dans mes fontes un volume regroupant trois romans de Vonnegut; je me suis apparemment trompé.

    Cet après-midi après mes cours, au lieu de jouer au badminton, j'ai accompagné l'association des lycéens, et deux ou trois profs les encadrant, dans la forêt, au sommet d'une colline non loin du lycée. Cent cinquante ou deux cents élèves, brandissant des bannières rouges, avançant fièrement le long d'une route encombrée de véhicules roulant n'importe comment, dans les deux sens, anarchiquement, comme les Chinois savent si bien le faire. Ca m'a rappelé mes pélerinages chez les scouts, quand j'avais dix ans.

    Au retour des bois, j'ai dîné dans le réfectoire du lycée en compagnie de quelques élèves. Dans la foulée, j'ai regardé, avec le Sultan, "Jumper", un film ayant pour centre un personnage plat, égoïste et stupide, capable de se téléporter. Samuel L. Jackson n'est pas d'accord, et pour le lui faire comprendre, il entend bien l'électrocuter, tuer sa famille et ses amis, avant de l'égorger. Nous sommes en bonne compagnie. Heureusement, le film ne durait qu'une heure et demie.

    Programme des heures, et des jours, à venir. Quitter l'ordinateur dans les plus brefs délais. Lire au lit, une ou deux heures, voire moins (je n'ai pas fait la sieste aujourd'hui, tant la lecture m'accaparait). Dormir jusqu'à cinq heures vingt du matin, heure à laquelle je me ferai réveiller par des joueurs de basket ayant décidé que l'obscurité ne les empêcherait nullement de faire rebondir leurs ballons sur le ciment du terrain, voisin de ma fenêtre, et qu'ils auront bien le temps de dormir en classe.

    Plus que deux jours de cours, dix heures en tout, et je serai en week-end. Dormir tout mon saoûl, jouer au badminton et poursuivre mes lectures. En espérant que le retour de l'été ne soit que temporaire. Il paraît qu'en Europe, il fait froid. J'envie un tel climat. A ce compte-là, ma prochaine expatriation se fera en Finlande.


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Vendredi 3 octobre 2008

    Vendredi trois octobre deux mille huit. Dix heures trente-trois du matin (heure française, quatre heures trente-trois, du même matin). Mon second séjour en Chine suit son cours. Au dernier décompte, il me restait quelque chose comme cent quarante jours avant de prendre l'avion pour Paris; non que je vive cette expatriation comme un exil, mais il est bon de savoir où j'en suis, où je vais et ce que je vais bien pouvoir manger ce midi.

    Depuis lundi dernier, et ce, jusqu'à lundi prochain exclus, je suis en vacances. Le gouvernement chinois, dans sa grande sagesse, a décidé de décréter une semaine de congés nationale. Le lycée, contournant la loi, octroie généreusement deux à trois jours de battement à ses élèves (ainsi qu'aux professeurs chargés de les encadrer), et offre jusqu'à sept jours d'affilée aux professeurs étrangers.

    En contrepartie, mesure prise au dernier moment, comme toute chose en Chine, nous avons dû, le Sultan et moi-même, travailler sept jours non-stop, la semaine dernière, y compris samedi et dimanche, ce qui n'est pas prévu dans mon contrat, mais qu'importe. La paie de septembre attendra, la comptable ayant décidé de partir en vacances. Heureusement que le Sultan a pu me prêter quelques roubles.

    Le premier jour des vacances est passé comme un songe. Je n'ai aucun souvenir factuel de ce que j'y ai pu faire. Sans doute ai-je abondamment dormi. Le lendemain, mardi trente septembre, j'ai accompagné deux élèves, qui rentraient chez eux pour les trois jours de congé, jusqu'au village de basse montagne dont ils sont originaires. J'ai donc passé deux jours en leur compagnie, à manger à leur table, dormir dans leur lit, reluquer leurs femmes et observer  leurs étranges coutumes.

    Le mercredi matin, réveillé dès six heures, j'ai escaladé sous leur direction la montagne la plus haute du coin, huit cents mètres, disons la colline, au sommet de laquelle un temple bouddhiste était jûché. Chemin faisant, nous avons mangé des baies locales, intermédiaires entre les myrtilles et les noisettes, mais rouges, qui d'habitude mûrissent à la mi-septembre, mais qui ont, cette année, gentiment attendu que je les cueille. J'ai aussi mangé un pamplemousse tout en marchant, au risque de me casser la figure, tant le sentier était étroit. Les Chinois ont de tout petits pieds.

    Vers neuf heures du matin, nous redescendîmes de la montagne pour nous restaurer d'un œuf dur cuit dans du lait sucré, avant de prendre le chemin du lac. Mes deux élèves, entourés d'un essaim de gamins plus jeunes, avaient décidé de m'initier aux mystères de la pêche. Au bout d'une heure et demie, nous quittâmes, prématurément, les lieux, le professeur étranger ayant tourné rouge brique sous les assaut du frais soleil d'automne. J'avais oublié mon chapeau.

    Sieste, repas, partie de badminton. Retour vers la civilisation, plus tôt que prévu. Tant mieux, me direz-vous, je commençais à m'ennuyer ferme, à la campagne, si pittoresque soit-elle. Et la présence continuelle d'une demi-douzaine de morveux déterminés à me traiter comme une sorte de Godzilla difforme, aurait comme qui dirait tendance à m'agacer.

    Mobylette, une heure de bus, mobylette. Retour au bercail. Le premier octobre marque, chaque année, l'anniversaire de la fondation du pays, en quarante-neuf, par le Grand Timonnier (je me demande bien si les Chinois l'appellent comme ça, il faudra vérifier). Fête nationale, donc. Il y avait des feux d'artifice, mais je ne les ai pas vus.

    Chaque matin, je suis réveillé vers six heures par la musique tonitruante diffusée par les haut-parleurs du lycée, puis, vers sept heures, par mon discret voisinage, qui s'époumonne, s'apostrophe, martelle et tronçonne pour mieux montrer son industrie. Je me lève, maussade, je traîne, puis me recouche. Hier, les suites de mon insolation de la veille m'ont tenu au lit une partie de l'après-midi. Mes coups de soleil se résorbent lentement, mais la nuque, que j'avais perdu l'habitude de protéger tant que je portais les cheveux longs, est la zone la plus touchée. Mon front, mon large front, n'est pas en reste.

    Onze heures du matin. Je suis assis devant mon ordinateur, et je mange des cacahuètes. Le Sultan est parti, à son tour, sillonner la campagne à moto, en compagnie d'un enseignant croisé au cours de ses virées en ville. Hier soir, il recevait à dîner, et j'ai pu manger des patates. Les Chinois ne savent pas les faire cuire, les patates. Ils ont beaucoup de qualités, ils ont inventé le papier, la poudre et l'écriture, mais ils ne savent pas faire cuire les patates. Personne n'est parfait.

 

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